Depuis avril 2025, la CPAM applique un nouveau plafond d’indemnités journalières basé sur 1,4 fois le SMIC au lieu de 1,8. Un salarié gagnant 2 800 euros ne reçoit désormais que 41,47 euros par jour au lieu de 53,31 euros, une baisse souvent ignorée jusqu’à la réception du premier virement.
« J’ai été arrêté 2 mois avec un salaire de 2 800 € » : personne ne m’avait dit que la CPAM plafonnait mes indemnités à 41,47 € par jour

Deux mois d'arrêt maladie, un salaire brut de 2 800 euros, et pourtant une chute de revenus que personne n'avait anticipée. Depuis le 1er avril 2025, un salarié percevant ce montant ne touche plus que 41,47 euros par jour de la part de l'Assurance maladie, contre 53,31 euros auparavant. La raison tient en un texte réglementaire passé relativement inaperçu : le décret n°2025-160, publié au Journal officiel le 21 février 2025, qui a abaissé le plafond de calcul des indemnités journalières de 1,8 à 1,4 fois le SMIC.
Le problème, c'est que ce plafond ne figure sur aucune notification claire envoyée aux assurés avant leur arrêt. On le découvre souvent au moment de recevoir le premier virement de la CPAM, quand l'écart avec le salaire habituel saute aux yeux.
À retenir
- Un décret méconnu a radicalement changé le calcul des indemnités maladie depuis avril 2025
- Plus d'un salarié sur deux pourrait être affecté, sans jamais avoir reçu de notification claire
- Vos droits dépendent d'une clause souvent ignorée : le maintien de salaire en cas de maladie
Un plafond calculé sur trois mois de salaire, pas sur le salaire réel
Le mécanisme mérite d'être détaillé, parce qu'il est rarement expliqué de façon transparente. Le salaire journalier de base est égal au total des 3 derniers salaires bruts perçus avant l'arrêt de travail, divisé par 91,25. L'indemnité journalière correspond ensuite à 50 % de ce salaire journalier de base, mais dans la limite d'un plafond.
Et c'est précisément ce plafond qui a changé de braquet. Le texte abaisse le plafond de revenus d'activités antérieurs, pris en compte dans le cadre du calcul des indemnités journalières dus au titre de l'assurance maladie, de 1,8 à 1,4 fois le salaire minimum de croissance. Concrètement, avec un SMIC fixé à 1 801,80 euros bruts mensuels, le plafond est limité à 1,4 fois le SMIC mensuel brut soit 2522,52€ pour 2025, ce qui porte le plafond de l'indemnité journalière à 41,47€. Un salarié touchant 2 800 euros bruts, au-dessus de ce seuil, se retrouve donc automatiquement plafonné, quel que soit son salaire réel.
Faites le calcul sur un arrêt de deux mois. Après trois jours de carence, il reste environ 57 jours indemnisés à 41,47 euros, soit un peu plus de 2 360 euros versés par la Sécurité sociale, là où l'ancien système en aurait généré près de 3 040. Une différence de plus de 680 euros sur la période, pour un salarié dont le seul tort est de gagner un peu plus que la moyenne.
Une réforme qui vise un salarié sur deux, et personne ne le crie sur les toits
L'ampleur du dispositif surprend souvent ceux qui la découvrent après coup. Selon le Centre technique des institutions de prévoyance, cité dans plusieurs analyses professionnelles, plus d'un salarié sur deux, soit 13 millions de salariés, serait potentiellement concerné, en se fondant sur le salaire médian égal à 2 820 €. la majorité des travailleurs français se situe désormais au-dessus du seuil de protection maximale de la Sécurité sociale en cas d'arrêt maladie.
Côté finances publiques, l'objectif assumé est clair. Le gouvernement avance l'augmentation « très forte » des sommes versées dans le cadre des indemnités journalières, qui se chiffreraient à plus de 17 milliards d'euros fin 2024. La mesure devait générer une économie substantielle pour l'Assurance maladie, chiffrée selon les sources entre 600 et 800 millions d'euros annuels.
Franchement, c'est le genre de réforme technique qui passe sous les radars tant qu'on ne l'a pas vécue soi-même. Les organismes de prévoyance, eux, n'ont pas mâché leurs mots. Le CTIP a ainsi refusé « que les salariés et les entreprises subissent une nouvelle ponction de 800 millions d'euros alors que rien ne le justifie et qu'aucune concertation n'a été menée ». Un point de friction qui illustre bien le décalage entre logique budgétaire et réalité vécue par les assurés.
Qui absorbe réellement le choc, et comment s'en prémunir
Tout dépend d'un facteur souvent négligé : l'existence ou non d'un maintien de salaire. Si l'employeur y est tenu, légalement ou par convention collective, la baisse des indemnités de la CPAM se répercute sur lui, pas sur le salarié. Si le salarié bénéficie d'un maintien de salaire en cas de maladie, cette baisse des IJSS entraînera une augmentation du montant à la charge de l'employeur, car le maintien de salaire est calculé après déduction des IJSS perçues par le salarié.
Le vrai risque concerne ceux qui n'ont pas cette protection. Ancienneté insuffisante, statut spécifique, absence de convention collective favorable : dans ces situations, si un salarié ne bénéficie pas d'un maintien de salaire en cas de maladie, que ce soit par disposition légale, conventionnelle ou via un dispositif complémentaire, cette baisse de l'indemnisation par la Sécurité sociale sera intégralement supportée par le salarié. Une évidence. Brutale pour qui l'ignore.
Vérifier son bulletin de paie et sa convention collective avant même de tomber malade devient donc un réflexe presque indispensable. Le mi-temps thérapeutique, les arrêts longue durée, les indépendants aussi sont concernés par des règles de plafonnement propres, souvent méconnues jusqu'au jour où l'on en a besoin.
Depuis, le SMIC a été revalorisé à deux reprises en 2026, ce qui a mécaniquement fait grimper le plafond des indemnités journalières à 41,95 euros début 2026, puis à un niveau encore réévalué à partir du 1er juillet 2026 avec un SMIC porté à 1 867,02 euros bruts mensuels. La règle des 1,4 SMIC, elle, reste inchangée : seul le point de départ du calcul évolue légèrement chaque année, sans jamais revenir au niveau de protection d'avant avril 2025.
Sources : legifrance.gouv.fr | harmonie-mutuelle.fr
