En 2026, la CSG appliquée aux retraits du Plan d’Épargne Retraite a bondi de 9,2 % à 10,6 %, portant les prélèvements sociaux totaux à 18,6 %. Cette augmentation, entrée en vigueur le 1er janvier sans grand bruit médiatique, a pris de court les épargnants qui avaient planifié leurs retraits selon l’ancienne fiscalité.
J’ai retiré tout mon PER en capital en 2026 : ce taux de CSG à 10,6 % que personne ne m’avait expliqué a grignoté une part que je croyais à moi

Le relevé de sortie arrive par mail, propre, sobre, avec une ligne qui retient l'attention : prélèvements sociaux, 18,6 %. Beaucoup d'épargnants ont retiré leur Plan d'Épargne Retraite en capital en 2026 avec une conviction claire, ils allaient récupérer leur argent et payer l'impôt sur le revenu, comme prévu depuis des années. Ce que personne n'avait anticipé : une CSG grimpée à 10,6 %, contre 9,2 % l'année précédente, qui a reconfiguré discrètement la facture finale.
À retenir
- Un 1,4 point supplémentaire s'est glissé dans la mécanique fiscale du PER sans que la majorité des épargnants ne l'ait anticipé
- L'assurance-vie, elle, a été préservée : elle reste à 17,2 % de prélèvements sociaux quand le PER passe à 18,6 %
- Cette hausse rétroactive ne s'applique qu'aux gains, mais le surcoût pour un retrait moyen dépasse facilement les 1 000 euros
Ce que la LFSS 2026 a changé, sans tambour ni trompette
La loi de financement de la Sécurité sociale 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, portant les prélèvements sociaux globaux de 17,2 % à 18,6 %. Le texte a été adopté en décembre 2025, promulgué dans les derniers jours de l'année, et son effet est entré en vigueur le 1er janvier 2026. Voilà comment 1,4 point supplémentaire s'est glissé dans la mécanique sans que la plupart des épargnants ne l'aient intégré dans leur calcul.
La CSG appliquée aux revenus du capital est passée à 10,6 %, portant le total des prélèvements sociaux à 18,6 % (10,6 % CSG + 0,5 % CRDS + 7,5 % prélèvement de solidarité). Le PFU appliqué aux gains atteint donc 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % de prélèvements sociaux). Ce qui était la flat tax à 30 %, ce chiffre rond qui rassurait — est devenu 31,4 %. Moins accrocheur, plus coûteux.
Ce qui rend la pilule encore un peu plus amère : le taux de prélèvements sociaux s'applique au fait générateur (le rachat, la rente, le retrait), pas à la date d'ouverture du contrat. un PER ouvert en 2020, alimenté pendant cinq ans avec une fiscalité de sortie implicitement calculée à 17,2 %, se retrouve en 2026 à subir 18,6 % au moment du retrait. Rétroactivité de fait, sans en porter le nom.
La mécanique concrète : qui paie quoi sur le capital retiré
Un détail capital, c'est le cas de le dire, que beaucoup confondent : ce ne sont pas les versements qui supportent cette hausse, mais uniquement les gains générés pendant la phase d'épargne. Les versements volontaires sur un PER récupérés sous forme de capital ne subissent pas de prélèvements sociaux. À l'inverse, les plus-values engendrées par les versements volontaires vont subir les prélèvements sociaux applicables aux produits de placement, taxées à 18,60 %.
La sortie en capital se découpe donc en deux blocs fiscaux distincts. Si vous avez déduit vos versements à l'entrée, la fiscalité à la sortie en capital se décompose en deux parties. La part correspondant aux versements déduits est imposée au barème progressif de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des pensions de retraite, sans application de l'abattement de 10 %. Et les gains, eux, tombent dans le PFU à 31,4 %. Deux calculs, deux logiques, une seule ligne sur le décompte bancaire.
Pour chiffrer l'impact concret : sur un capital retiré de 200 000 €, dont 120 000 € de versements déduits et 80 000 € de gains, le surcoût lié à la réforme s'élève à 1 120 €, soit +4,7 % d'impôt sur la fraction gains. Ce n'est pas une catastrophe patrimoniale. Mais c'est 1 120 € que personne n'avait mis dans son tableau prévisionnel.
L'asymétrie avec l'assurance-vie : le détail qui fâche
Voilà la vraie contre-intuition de cette réforme. On aurait pu croire que la hausse de CSG s'appliquait uniformément à tous les produits d'épargne. Or non. Le Budget 2026, adopté le 4 février 2026, a préservé le régime spécifique de l'assurance-vie : les produits des contrats restent soumis aux prélèvements sociaux à 17,2 % et non à 18,6 %.
L'assurance-vie demeure exclue via l'amendement n°1104. Un amendement voté dans la discrétion, qui a creusé un écart de 1,4 point entre deux enveloppes que beaucoup d'épargnants considèrent comme comparables. L'assurance-vie bénéficie d'une exception, pour laquelle le taux de la CSG est maintenu à 9,2 % et celui des prélèvements sociaux à 17,2 %, tandis que le PER est assujetti à la hausse.
Résultat : pour un contrat d'assurance-vie de plus de 8 ans, le taux forfaitaire d'IR tombe à 7,5 %, ce qui porte l'addition totale à 24,7 % (7,5 % + 17,2 %). Pendant que le PER en capital, sur la fraction gains, tourne désormais à 31,4 %. L'écart de traitement est structurel, assumé par le législateur, et durable, cette trajectoire devrait même se poursuivre en 2027 pour atteindre une CSG à 11,2 %.
Ce qui ne remet pas en cause le PER, mais oblige à recalculer
Franchement, il serait trompeur de présenter cette réforme comme le signe que le PER est devenu un mauvais outil. L'avantage à l'entrée reste intact. Un contribuable en tranche marginale à 41 % qui verse 10 000 € réduit son impôt de 4 100 € la même année. Tout le gain du dispositif tient dans l'écart entre le taux marginal d'imposition actif et celui à la retraite, plus bas, car les revenus baissent de 25 à 30 % selon le Conseil d'orientation des retraites.
Le gain net actualisé reste largement positif si l'écart de TMI entrée-sortie atteint au moins 10 points. En revanche, pour les contribuables en TMI 11 % ou non imposables, le PER perd son intérêt principal, l'économie immédiate est trop faible (1 100 € sur 10 000 € versés), et l'épargne est bloquée jusqu'à la retraite.
La réforme ne tue pas le PER. Elle oblige à ce que beaucoup ne faisaient pas : intégrer le taux de prélèvements sociaux à la sortie dans la modélisation globale, et surtout comparer sérieusement avec l'assurance-vie pour les versements dont la déductibilité n'apporte qu'un avantage marginal. Le PER compte aujourd'hui 12,7 millions de souscripteurs, qui y déposent chaque mois un montant moyen de 107 euros. Une base massive d'épargnants qui, pour beaucoup, découvrent ces subtilités fiscales au moment précis où ils ne peuvent plus reculer : le jour du retrait.
Ce que cette réforme révèle en creux, c'est la fragilité d'une planification patrimoniale construite sur des règles fiscales présentées comme stables. Le mécanisme du "rattrapage fiscal" permet désormais d'utiliser les plafonds de déduction non consommés des années précédentes sur une durée portée à 5 ans au lieu de 3, un geste de souplesse accordé d'une main, pendant que la sortie se renchérissait de l'autre.
Sources : france-epargne.fr | credit-et-banque.com
