Après trois mois de découvert continu, votre banque n’a pas le droit de rester passive : elle doit vous proposer une solution de crédit adaptée. Cette obligation, peu connue, peut annuler les frais accumulés si elle n’est pas respectée. Mais attention : le délai d’inscription au FICP est bien plus court.
« Je suis resté à découvert 3 mois de suite » : personne ne m’avait dit que ma banque était obligée de me proposer un crédit adapté

Trois relances de la banque, des frais qui s'accumulent silencieusement sur le relevé, et cette sensation diffuse que quelque chose ne tourne pas rond dans la mécanique. Ce que beaucoup de clients ignorent : passé un certain délai, c'est justement à la banque de bouger. La loi lui impose une obligation précise, prévue à l'article L312-93 du Code de la consommation, et son inaction peut lui coûter cher.
À retenir
- Votre banque a une obligation légale méconnue passé trois mois de découvert
- Le non-respect peut entraîner l'annulation de tous les frais bancaires accumulés
- Mais le FICP vous menace bien plus rapidement que vous ne l'imaginez
Ce que la loi impose vraiment après trois mois de découvert
Le texte est sans ambiguïté. L'article L. 312-93 du Code de la consommation prévoit que lorsque le dépassement se prolonge au-delà de trois mois, le prêteur propose sans délai à l'emprunteur un autre type d'opération de crédit davantage adaptée à la situation. Concrètement : un découvert qui dure, dure, dure encore, n'est plus une simple facilité de trésorerie tolérée. C'est un signal d'alerte que la banque n'a pas le droit d'ignorer.
Le point intéressant, c'est la nature de cette obligation. Le législateur prévoit un seuil de trois mois au-delà duquel le banquier a une obligation de résultat, celle de proposer sans délai à l'emprunteur un autre type d'opération davantage adaptée à la situation. Une obligation de résultat, pas de moyens : la banque ne peut pas se contenter d'avoir « tenté » quelque chose. Elle doit prouver qu'elle a réellement fait une proposition concrète, et que celle-ci correspondait aux besoins du client. Le banquier devra d'abord démontrer qu'il a fait une proposition, puis que cette proposition portait sur un autre type d'opération davantage adaptée à la situation, en considérant les besoins de son client. Un prêt personnel, un crédit renouvelable, une restructuration : peu importe la forme, l'établissement doit s'adapter à la réalité de la situation, pas se contenter d'une lettre type envoyée à la chaîne.
Franchement, c'est une disposition qui reste méconnue, y compris chez certains conseillers bancaires eux-mêmes. Elle date de la loi Lagarde de 2010, censée justement responsabiliser les prêteurs face aux découverts qui s'installent dans la durée sans jamais être questionnés.
Une sanction redoutable pour les banques négligentes
Si l'établissement ne respecte pas cette obligation, la sanction ne relève pas d'une simple amende symbolique. Il s'agit d'une déchéance du droit aux intérêts : l'article L. 341-9 du Code de la consommation prévoit que le prêteur qui n'a pas respecté les formalités prescrites ne peut réclamer à l'emprunteur les sommes correspondant aux intérêts et frais de toute nature applicables au titre du dépassement. tous les agios accumulés pendant la période fautive peuvent devenir juridiquement inexigibles. Une bonne nouvelle pour qui se retrouve dans cette situation, à condition de le savoir et de le faire valoir.
Le cadre légal est d'ailleurs sur le point de se durcir encore. Une ordonnance du 3 septembre 2025, qui transpose une directive européenne sur le crédit à la consommation, ajoute un volet répressif inédit. Tout manquement du prêteur aux obligations en matière de réduction ou résiliation de l'autorisation de découvert ou du dépassement est désormais passible d'une amende administrative pouvant atteindre 1 500 euros pour une personne physique et 7 500 euros pour une personne morale. Ces nouvelles dispositions entreront en vigueur le 20 novembre 2026, mais le message envoyé aux établissements bancaires est déjà clair : la tolérance envers les découverts qui traînent, sans accompagnement ni proposition, touche à sa fin.
Le vrai danger se joue bien avant les trois mois
Voici la nuance que peu de gens anticipent, et qui mérite qu'on s'y arrête. Pendant que la banque dispose de trois mois pour proposer une solution, le client, lui, peut basculer au Fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers bien plus vite. Constitue un incident de paiement caractérisé, pour un crédit ne comportant pas d'échéance comme un découvert, le défaut de paiement des sommes exigibles plus de 60 jours après la date de mise en demeure du débiteur, dès lors que le montant des sommes impayées est au moins égal à 500 euros. Deux mois, pas trois. Et ce délai ne démarre pas au premier jour du découvert, mais après une mise en demeure formelle de l'établissement.
Une fois cette mise en demeure envoyée, le compte à rebours devient implacable. L'établissement doit avertir le client pour lui demander de régulariser sa situation, qui dispose alors de 30 jours pour le faire ; à défaut, l'établissement procédera à son inscription au FICP. La durée d'inscription est alors de cinq ans maximum. Cinq ans, potentiellement, pour un découvert de quelques centaines d'euros mal géré. Le contraste est frappant : la loi protège le consommateur en obligeant la banque à proposer une solution sur trois mois, mais elle sanctionne ce même consommateur bien plus rapidement s'il ne réagit pas à la mise en demeure. Deux horloges tournent en parallèle, et rares sont ceux qui le savent.
Ce qu'il faut faire concrètement
Face à un découvert qui s'installe, mieux vaut ne pas attendre passivement que la banque bouge. Écrire à son conseiller pour demander explicitement une solution de crédit adaptée, garder une trace écrite de chaque échange, et surveiller tout courrier mentionnant une mise en demeure : ce sont les trois réflexes qui changent tout. Si la banque reste silencieuse au-delà des trois mois réglementaires, un signalement au médiateur bancaire ou une simple lettre recommandée rappelant l'article L312-93 suffit souvent à débloquer la situation.
Un dernier détail à connaître : une inscription au FICP n'entraîne pas automatiquement l'interdiction de prêt, mais ce motif peut être utilisé par un établissement de crédit pour refuser l'ouverture d'un compte ou la mise en place d'un crédit. Ce n'est donc pas un couperet légal, mais un frein bien réel dans la pratique quotidienne des banques, qui consultent ce fichier avant la moindre décision d'octroi.
Sources : lafinancepourtous.com | banque-france.fr
