Votre salaire est bien protégé en arrêt maladie… jusqu’à un certain seuil. Découvrez comment fonctionne réellement le système d’indemnisation en France et pourquoi les cadres découvrent souvent trop tard les vraies règles du jeu. La réforme de 2025 a changé les règles : êtes-vous concerné ?
« J’étais bien payé le jour de mon premier long arrêt maladie » : personne ne m’avait dit ce qui arrivait à mon salaire au-dessus de 1,8 SMIC

Premier bulletin de salaire de l'arrêt. Même montant qu'à l'accoutumée, ou presque. Puis le deuxième mois arrive, et là, quelque chose cloche dans les chiffres. Beaucoup de salariés bien rémunérés vivent exactement cette scène : ils découvrent en temps réel, et parfois douloureusement, que le système de protection maladie en France n'a pas été conçu pour eux. Que leur salaire, au-delà d'un certain seuil, n'est tout simplement plus garanti.
Le mécanisme est pourtant limpide une fois qu'on le connaît. Lorsqu'un salarié est en arrêt maladie, deux systèmes d'indemnisation se cumulent : les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS), versées par la CPAM à partir du 4e jour, et l'éventuel maintien de salaire par l'employeur, qui prend le relais à partir du 8e jour pour les salariés ayant au moins un an d'ancienneté. Deux niveaux, deux acteurs distincts. Et un plafond que la plupart des cadres ignorent jusqu'au moment où il leur tombe dessus.
À retenir
- Un plafond invisible de 1,4 SMIC réduit drastiquement vos indemnités si vous gagnez plus
- La réforme d'avril 2025 a transféré une partie du coût des arrêts maladie vers les employeurs
- Votre convention collective et votre contrat de prévoyance peuvent faire toute la différence
Le plafond qui change tout, et que personne ne vous a expliqué
Le montant de l'indemnité journalière versée par l'Assurance Maladie correspond à 50 % du salaire journalier de base. Simple en apparence. Mais ce salaire journalier de base n'est pas calculé sur votre salaire réel si vous gagnez au-dessus d'un certain niveau.
En 2026, une réforme majeure est entrée en vigueur : le décret n°2025-160 du 20 février 2025 a abaissé le plafond de calcul de 1,8 SMIC à 1,4 SMIC pour tous les arrêts débutant depuis le 1er avril 2025. Avant cette date, le plafond des revenus pris en compte s'élevait à 1,8 SMIC, soit 3 281,45 € brut. Le montant de l'indemnité journalière maximale est donc passé de 53,31 € à 41,95 €. En termes concrets : le montant maximal des indemnités journalières maladie atteint désormais 41,95 € bruts par jour, soit environ 840 € bruts par mois.
Huit cent quarante euros bruts par mois. Pour un cadre dont le salaire habituel tourne autour de 3 500 ou 4 000 €, profil tout à fait courant dans les grandes villes françaises —, la chute est vertigineuse. Un cadre percevant 4 000 € brut mensuel verra la garantie de maintien des indemnités plafonnée à environ 1 400 €, un écart de poids à anticiper. C'est là que commence la vraie surprise.
Contre-intuition utile : on imagine spontanément que cotiser davantage protège davantage. Or, au-delà de 1,4 SMIC, chaque euro supplémentaire de salaire n'ouvre aucun droit supplémentaire à l'Assurance Maladie. La baisse est significative pour les salariés dont la rémunération dépasse 1,4 SMIC : ils subissent mécaniquement une réduction de leur indemnisation. Le paradoxe du contributeur fidèle.
Ce que l'employeur doit faire, et ce qu'il fait vraiment
La loi de mensualisation du 19 janvier 1978 impose aux employeurs de verser un complément aux indemnités journalières de la Sécurité sociale pour maintenir partiellement le salaire des employés en arrêt maladie. Pour en bénéficier, le salarié doit justifier d'une ancienneté d'un an dans l'entreprise au premier jour de l'absence, avoir transmis l'avis d'arrêt de travail dans les 48 heures, et être pris en charge par la Sécurité sociale.
Mais voici ce que peu de salariés vérifient avant de tomber malades : leur convention collective ou un accord collectif peut prévoir le maintien de salaire intégral ou partiel. En matière de maintien de salaire pendant un arrêt maladie, la plupart des conventions collectives prévoient des avantages supérieurs aux garanties légales. C'est par exemple le cas de la convention collective SYNTEC-CINOV. Connaître sa convention collective avant d'en avoir besoin : un réflexe encore trop rare.
Le complément de rémunération dû par l'employeur s'entend déduction faite des indemnités que l'intéressé perçoit de la Sécurité sociale. En tout état de cause, ces garanties ne doivent pas conduire à verser à l'intéressé un montant supérieur à la rémunération nette qu'il aurait perçue s'il avait continué à travailler. : l'objectif légal est de ne pas vous enrichir grâce à l'arrêt, mais surtout de ne pas vous appauvrir. La réalité, elle, est plus nuancée.
Depuis le 1er avril 2025, le montant du complément à la charge de l'employeur peut augmenter pour les salariés dont la rémunération dépasse le plafond des IJ (1,4 SMIC), car la part prise en charge par la CPAM est réduite. Dit autrement : la réforme de 2025 a mécaniquement transféré une partie de la charge vers les employeurs. Ceux qui ont un régime de prévoyance solide absorbent le choc. Les autres... pas forcément.
La prévoyance, filet de sécurité inégalement tendu
En cas d'arrêt de travail temporaire pour maladie ou accident, l'assurance incapacité d'un contrat de prévoyance d'entreprise permet de verser au salarié des indemnités journalières pendant la durée de son arrêt de travail. L'assurance incapacité en entreprise vient compléter les indemnités versées par la Sécurité sociale et par l'employeur, à concurrence d'un certain pourcentage du salaire.
Pour percevoir 100 % de son salaire pendant un arrêt maladie, il est nécessaire de combiner les indemnités journalières de la Sécurité sociale avec un complément de salaire versé par l'employeur et/ou par une assurance prévoyance. Cette dernière joue un rôle particulièrement important pour les cadres, car elle permet de compenser l'écart restant afin d'atteindre l'équivalent du salaire habituel.
Là où le bât blesse, c'est que cette prévoyance n'est pas universelle. L'obligation légale dite du « 1,5 % cadres » couvre uniquement le risque décès, et non les arrêts maladie ou l'invalidité. C'est là qu'interviennent les contrats de prévoyance : ils compensent les pertes pendant la durée de l'arrêt de travail. Une obligation légale ou conventionnelle peut imposer à l'employeur de souscrire à un contrat de prévoyance collective. Peut imposer, pas impose systématiquement. La nuance est de taille.
Le montant des indemnités journalières et du complément employeur ne permet pas de maintenir intégralement le niveau de vie des salariés, particulièrement pour les rémunérations supérieures au plafond de calcul. Cette réforme récente de 2025 renforce l'importance du complément de salaire, via le maintien employeur ou une assurance prévoyance, pour préserver le pouvoir d'achat en cas d'arrêt prolongé. Le message est clair. Et pourtant, combien de salariés ont décortiqué leur notice de prévoyance avant de signer leur contrat de travail ?
Ce qu'il faut vérifier maintenant, sans attendre d'être malade
Le premier réflexe concret : retrouver sa convention collective et lire précisément la clause relative au maintien de salaire en cas d'arrêt maladie. Il est conseillé de consulter ce qui a été décidé dans votre entreprise, afin de savoir si elle vous accordera un complément de salaire en cas d'arrêt maladie, ainsi que sa durée de versement. La convention collective applicable à l'entreprise peut prévoir des conditions plus avantageuses pour bénéficier du complément de salaire pendant un arrêt, et l'employeur est tenu de s'y référer.
Ensuite, vérifier si l'entreprise dispose d'un contrat de prévoyance collective couvrant l'incapacité, et à quel taux. Une assurance prévoyance ou une complémentaire santé peut compléter les indemnités journalières et le maintien employeur, notamment pour les arrêts longue durée. Pour les salariés dont la couverture collective est insuffisante, une prévoyance individuelle reste possible.
Un dernier chiffre pour mesurer l'ampleur du sujet : le nombre d'arrêts maladie a fortement augmenté ces dix dernières années, passant de 6,4 millions à 8,8 millions en 2022. Le risque d'un long arrêt n'a rien d'hypothétique. Et depuis avril 2025, la fenêtre de perte financière pour les salariés au-dessus de 1,4 SMIC s'est encore élargie. Reste à savoir combien d'entre eux ont reçu une note de service pour leur expliquer.
Sources : editions-tissot.fr | pro.apicil.com
