Un salarié du privé passe en moyenne 37 ans à cotiser avant de partir à la retraite. Pendant tout ce temps, chaque fiche de paie génère des points qui s’accumulent silencieusement sur un compte individuel. Ces points, c’est le cœur du système retrait…
Calcul des points AGIRC-ARRCO : comment est déterminé le montant de votre retraite complémentaire ?

Un salarié du privé passe en moyenne 37 ans à cotiser avant de partir à la retraite. Pendant tout ce temps, chaque fiche de paie génère des points qui s'accumulent silencieusement sur un compte individuel. Ces points, c'est le cœur du système retraite complémentaire agirc-arrco — et comprendre comment ils se calculent, c'est comprendre concrètement ce que vaudra votre pension le jour J.
Le mécanisme peut sembler opaque au premier abord. Cotisations, valeur du point, coefficients de minoration, majorations familiales : autant de variables qui s'emboîtent. Mais une fois la logique saisie, le calcul devient lisible, presque transparent. Voici comment ça fonctionne.
Le système de points AGIRC-ARRCO : principe de fonctionnement
Qu'est-ce qu'un point AGIRC-ARRCO ?
Un point AGIRC-ARRCO est une unité de compte retraite. À chaque cotisation versée, vous n'accumulez pas de l'argent sur un compte épargne : vous achetez des points à un prix fixé chaque année par les partenaires sociaux, appelé le prix d'achat du point (ou salaire de référence). Ces points sont ensuite convertis en pension au moment du départ à la retraite, selon une autre valeur annuelle fixée : la valeur du point.
C'est là l'idée centrale, et elle change tout à la façon d'appréhender sa future pension. Vous ne cotisez pas pour constituer un capital, mais pour acquérir des droits exprimés en points. La pension que vous toucherez dépendra du nombre de points cumulés, multiplié par la valeur du point en vigueur à votre départ. En 2026, la valeur du point AGIRC-ARRCO est de 1,4384 €, après les revalorisations successives liées à l'inflation.
Qui est concerné par ce régime ?
Tous les salariés du secteur privé et les salariés agricoles sont affiliés à l'AGIRC-ARRCO depuis la fusion des deux régimes en 2019. Cadres et non-cadres relèvent désormais du même régime unifié, même si les taux de cotisation applicables varient selon le niveau de rémunération. Les fonctionnaires, les professions libérales et les indépendants disposent de régimes complémentaires distincts et ne sont pas concernés par ce calcul.
Comment les points sont-ils acquis chaque année ?
La formule de calcul du nombre de points acquis
Le nombre de points acquis chaque année repose sur une formule simple dans sa structure, même si les variables bougent régulièrement :
Nombre de points = (Salaire brut soumis à cotisation × Taux de cotisation global) / Prix d'achat du point
Le salaire pris en compte est le salaire brut, dans la limite de certains plafonds. La cotisation est prélevée sur deux tranches : la tranche 1, qui couvre les revenus jusqu'au plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), et la tranche 2, qui couvre les revenus entre 1 et 8 fois ce plafond. Les taux applicables et la répartition entre employeur et salarié diffèrent selon la tranche.
Taux de cotisation AGIRC-ARRCO en 2025-2026
Les taux globaux de cotisation (part salariale + part patronale) sont les suivants pour 2025-2026 :
- Tranche 1 (jusqu'au PASS) : 7,87 % dont 3,15 % à la charge du salarié et 4,72 % à la charge de l'employeur
- Tranche 2 (de 1 à 8 fois le PASS) : 21,59 % dont 8,64 % salarié et 12,95 % employeur
Un détail souvent ignoré : seule une partie de cette cotisation globale génère réellement des points. Une fraction est prélevée au titre du financement solidaire du régime (la CEG, contribution d'équilibre général, et la CET, contribution d'équilibre technique pour les hauts revenus), sans ouvrir de droits. En tranche 1, le taux qui génère des points est donc inférieur au taux global affiché. C'est ce qu'on appelle le taux de cotisation contractuel, distinct du taux global.
Exemple chiffré : combien de points pour un salaire de 2 500 € brut ?
Prenons un salarié non-cadre rémunéré 2 500 € brut mensuel, soit 30 000 € annuels. Ce montant est inférieur au PASS 2026 (46 368 €), donc l'intégralité du salaire se situe en tranche 1.
Le taux contractuel générateur de points en tranche 1 est d'environ 6,20 % (taux global net des prélèvements solidaires). Le prix d'achat du point 2026 est autour de 18,69 €. Le calcul donne donc approximativement : (30 000 × 6,20 %) / 18,69 = 1 860 / 18,69 ≈ 99,5 points acquis sur l'année.
Sur une carrière complète de 40 ans à ce niveau de salaire (en supposant une valeur du point stable pour simplifier), ce salarié capitaliserait environ 3 980 points. À 1,4384 € par point, la pension complémentaire annuelle serait de l'ordre de 5 726 €, soit environ 477 € par mois. Un complément qui, ajouté à la pension de base CARSAT, constitue une part significative du revenu de remplacement.
Comment calculer le montant de sa retraite complémentaire AGIRC-ARRCO ?
La formule de calcul de la pension complémentaire
La formule finale est d'une clarté presque déconcertante :
Pension annuelle = Nombre total de points × Valeur du point × Coefficient
Le nombre total de points correspond à la somme de tous les points acquis année après année, auxquels s'ajoutent les points gratuits (voir plus bas). La valeur du point est celle en vigueur à la date de liquidation de la retraite. Le coefficient, lui, peut modifier le montant à la hausse ou à la baisse selon l'âge et la situation du retraité au moment de son départ.
Le coefficient de minoration temporaire (malus de 10 %)
Depuis la réforme de 2019, un mécanisme d'incitation au report a été mis en place. Si vous partez à la retraite dès que vous avez atteint l'âge légal et le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein, un coefficient de minoration de 10 % s'applique pendant trois ans sur votre pension complémentaire AGIRC-ARRCO, dans la limite de 67 ans.
partir au plus tôt coûte 10 % de votre complémentaire pendant trois ans. La seule façon d'éviter ce malus sans attendre est de décaler son départ d'un an après l'âge d'ouverture des droits à taux plein. Ce dispositif a été conçu pour encourager les actifs à travailler plus longtemps, et il est souvent sous-estimé dans les simulations de départ anticipé.
Certaines catégories sont exemptées de ce coefficient : les personnes partant pour inaptitude au travail, invalidité, handicap, ou bénéficiant d'un départ anticipé pour carrière longue dans des conditions spécifiques.
Le coefficient majorant (bonus de 10 %)
L'envers du mécanisme existe aussi. Si vous retardez votre départ d'un an au-delà de l'âge donnant droit au taux plein, vous bénéficiez d'un coefficient majorant de 10 % sur votre pension complémentaire, valable également pendant trois ans. Deux ans de report donnent +20 %, trois ans +30 %. Ce bonus est temporaire, contrairement au supplément de points que vous continuez d'accumuler en travaillant.
Les points gratuits et majorations : quels cas particuliers ?
Chômage, maladie, maternité : des points attribués gratuitement ?
L'AGIRC-ARRCO ne récompense que le travail salarié cotisé... en théorie. En pratique, plusieurs périodes d'inactivité involontaire ouvrent droit à des points gratuits, attribués sans cotisation directe du salarié.
Les périodes de chômage indemnisé par Pôle emploi (désormais France Travail) génèrent des points AGIRC-ARRCO, financés par une contribution spécifique versée par l'assurance chômage. Les arrêts maladie indemnisés par la Sécurité sociale au-delà de 60 jours consécutifs ouvrent également des droits, tout comme les congés maternité et paternité. Ces points "gratuits" sont calculés sur la base du salaire de référence avant l'arrêt et viennent s'ajouter au total de la même façon que les points cotisés normalement.
Majorations pour enfants et situations familiales
Le régime prévoit des majorations de pension pour les parents de trois enfants ou plus. La majoration standard est de 10 % à partir du troisième enfant. Mais un plafond s'applique : la majoration ne peut pas dépasser le montant des allocations familiales qui auraient été versées si les enfants avaient moins de 20 ans.
Les parents d'enfants handicapés bénéficient de règles spécifiques. Les aidants familiaux ayant réduit leur activité pour s'occuper d'un proche peuvent également, sous conditions, se voir attribuer des points de solidarité. Ces dispositifs restent peu connus et méritent d'être vérifiés systématiquement lors de la constitution du dossier de retraite, car ils ne sont pas automatiquement intégrés dans toutes les simulations.
Comment consulter et vérifier ses points AGIRC-ARRCO ?
Le relevé de points AGIRC-ARRCO est accessible sur le site agirc-arrco.fr, via l'espace personnel sécurisé. Vous y trouvez l'historique annuel des points acquis, le total cumulé, et une estimation du montant de la future pension selon différents scénarios d'âge de départ.
Une vérification régulière s'impose, surtout après les périodes de transition professionnelle : changement d'employeur, passage en temps partiel, interruption d'activité. Les erreurs de déclaration de l'employeur, bien que rares, existent. Si un écart apparaît entre vos fiches de paie et le relevé de points, la démarche à suivre passe par l'employeur concerné en premier lieu, puis par l'AGIRC-ARRCO si le litige persiste. Des situations de non paiement retraite complémentaire agirc-arrco peuvent parfois trouver leur origine dans des erreurs de reporting amont.
Le relevé de carrière global, qui consolide les droits acquis dans tous les régimes, est consultable sur le site info-retraite.fr. Cette vision d'ensemble permet de croiser les points AGIRC-ARRCO avec les trimestres validés auprès du régime de base, une étape utile avant toute simulation sérieuse de départ.
Si vous recevez un courrier vous informant que vous allez recevoir un paiement définitif de votre retraite complémentaire arrco, cela peut signifier une régularisation ou une solde de tout compte lié à un changement de situation, autant comprendre ce que ce document implique avant de le classer.
La retraite se prépare sur le long terme, et le système de points AGIRC-ARRCO est précisément conçu pour rendre chaque année de cotisation visible et traçable. À condition de prendre le temps de regarder son relevé, au moins une fois tous les cinq ans, et idéalement à chaque changement de situation professionnelle significatif.
