Chaque printemps, la question revient avec une régularité d’horloge : faut-il déclarer sa pension de retraite ? Combien sera prélevé ? Le préremplissage suffit-il ? La réponse courte : oui, la retraite est imposable, et non, le préremplissage automat…
Retraite imposable et déclaration d’impôts : ce que vous devez déclarer et comment

Chaque printemps, la question revient avec une régularité d'horloge : faut-il déclarer sa pension de retraite ? Combien sera prélevé ? Le préremplissage suffit-il ? La réponse courte : oui, la retraite est imposable, et non, le préremplissage automatique ne dispense pas d'une vérification sérieuse. Ce guide détaille le fonctionnement complet, des cases du formulaire aux subtilités de la CSG déductible.
La retraite est-elle imposable ? Le principe général
La pension de retraite constitue, aux yeux du fisc, un revenu de substitution. Elle remplace le salaire, elle est donc traitée comme lui : soumise à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des pensions et rentes. Ce principe s'applique aux pensions de base versées par les régimes obligatoires (Assurance retraite, MSA, RSI…) et aux retraites complémentaires (Agirc-Arrco pour les salariés du privé, Ircantec pour les contractuels de la fonction publique, etc.).
Ce qui change par rapport à un salaire, c'est essentiellement la mécanique des abattements et le traitement de la CSG, deux points que beaucoup de retraités confondent encore, et qui peuvent faire varier l'impôt dû de plusieurs centaines d'euros.
Quelles pensions entrent dans le revenu imposable ?
Sont à déclarer dans leur intégralité : la pension de retraite de base versée par la Caisse nationale d'assurance vieillesse ou tout organisme équivalent, les retraites complémentaires (Agirc-Arrco en tête), les pensions de réversion perçues après le décès du conjoint, les rentes viagères à titre gratuit (issues d'une donation ou d'une succession), et les allocations de préretraite versées par l'employeur.
Les pensions d'invalidité versées avant l'âge de conversion en pension de retraite sont également imposables, avec quelques nuances selon le régime. La pension militaire d'invalidité, elle, fait exception.
Ce qui n'est pas imposable : les exonérations à connaître
Tout le monde ne paie pas d'impôt sur sa retraite. L'exonération totale s'applique aux foyers dont le revenu fiscal de référence reste sous le seuil fixé chaque année par l'administration. En 2026, ce seuil est proche de 12 000 euros annuels pour une personne seule, avec une majoration par demi-part supplémentaire.
Par ailleurs, certaines allocations versées en complément d'une retraite modeste échappent à l'impôt : l'Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa, anciennement minimum vieillesse) n'est pas imposable. L'Allocation supplémentaire d'invalidité (ASI) non plus. Ces dispositifs s'adressent aux retraités les plus fragiles économiquement et leur statut fiscal est souvent mal connu, y compris par les bénéficiaires eux-mêmes.
Comment déclarer sa retraite aux impôts : le mode opératoire
La déclaration s'effectue chaque printemps via le formulaire 2042, soit en ligne sur impots.gouv.fr, soit sur papier pour ceux qui n'ont pas accès au numérique. Depuis 2020, la déclaration en ligne est obligatoire pour la quasi-totalité des contribuables disposant d'un accès internet. Un détail pratique qui mérite qu'on s'y attarde : le service en ligne propose depuis 2025 un parcours simplifié pour les foyers composés exclusivement de pensions.
Les cases du formulaire 2042 à renseigner
Les pensions de retraite sont à reporter dans les cases 1AS (déclarant 1) et 1BS (déclarant 2) du formulaire 2042. Ces cases correspondent aux "Pensions, retraites, rentes" et accueillent l'ensemble des sommes perçues au cours de l'année civile précédente, avant déduction de la CSG déductible.
Vérifier et corriger le préremplissage : pourquoi c'est indispensable
Le formulaire est prérempli par l'administration à partir des données transmises par les organismes payeurs. En théorie, c'est pratique. En pratique, des erreurs surviennent régulièrement, notamment lors d'une première année de retraite, d'un changement de caisse en cours d'année, ou d'une pension de réversion déclenchée tardivement.
La vérification consiste à comparer le montant prérempli avec celui qui figure sur l'attestation fiscale (ou "relevé annuel") envoyée par chaque caisse entre janvier et mars. Si les deux chiffres ne correspondent pas, c'est le montant de l'attestation qui fait foi, et il faut corriger manuellement. Quelques centaines d'euros d'écart se traduisent facilement par un redressement fiscal plusieurs années après, majoré d'intérêts de retard.
L'abattement de 10 % : comment il s'applique à votre retraite
Bonne nouvelle souvent méconnue : les pensions de retraite bénéficient automatiquement d'un abattement de 10 % sur leur montant imposable, exactement comme les salaires. Cet abattement est censé couvrir les "frais professionnels" liés à l'activité, même si les retraités n'ont plus de frais professionnels à proprement parler, l'avantage fiscal a été maintenu.
L'abattement de 10 % est plafonné (autour de 4 321 euros en 2026 pour l'ensemble du foyer fiscal) et soumis à un plancher minimal d'environ 442 euros. Il est calculé automatiquement par l'administration fiscale : vous n'avez pas à le calculer vous-même ni à cocher une case particulière. Si vous optez pour la déduction des frais réels, vous renoncez à cet abattement forfaitaire, une option rarement avantageuse pour les retraités.
Abattement spécifique pour les personnes âgées ou invalides
Un deuxième abattement, distinct du précédent, existe pour les personnes de plus de 65 ans ou reconnues invalides. Son montant varie selon le revenu net global du foyer : il est de 2 620 euros si ce revenu ne dépasse pas 16 410 euros, et de 1 310 euros pour un revenu compris entre 16 410 et 26 350 euros (seuils 2026 approximatifs, révisés chaque année). Au-delà, l'abattement disparaît.
Cet abattement s'applique par personne remplissant les conditions dans le foyer : un couple où les deux conjoints ont plus de 65 ans peut donc bénéficier du double. Une ligne à vérifier systématiquement, car elle n'est pas toujours appliquée automatiquement en cas d'invalidité récente.
CSG déductible et impôt sur le revenu : ne pas confondre les deux
La Contribution sociale généralisée (CSG) prélevée sur les pensions de retraite comporte deux fractions : une partie non déductible et une partie déductible du revenu imposable. Cette distinction, ignorée par beaucoup, peut réduire la base d'imposition de plusieurs centaines d'euros.
Le taux global de CSG appliqué aux pensions varie selon le revenu fiscal de référence du foyer. Pour les pensions soumises au taux normal (6,6 % en 2026), une fraction de 4,2 % est déductible. Pour le taux réduit (3,8 %), la déductibilité est de 3,8 %. Pour en savoir plus sur les modalités exactes, l'article sur les pensions retraite csg détaille les différents taux et exonérations applicables en 2026.
Comment retrouver la CSG déductible sur votre bulletin de pension
Chaque bulletin mensuel de pension fait apparaître le montant de CSG prélevé, ventilé entre la part déductible et la part non déductible. L'attestation fiscale annuelle récapitule la somme déductible sur l'ensemble de l'année : c'est ce chiffre qui doit être reporté en case 6DE du formulaire 2042.
Pourquoi ce montant n'est-il pas prérempli automatiquement ? Techniquement, il devrait l'être. Mais les remontées entre organismes payeurs et administration fiscale restent imparfaites, et cette case est régulièrement laissée vide alors qu'elle devrait contenir une somme. Un oubli qui coûte en moyenne 60 à 150 euros d'impôt supplémentaire par an. Vérifier en janvier/février le pensions retraite csg février de votre bulletin peut aider à anticiper cette déduction avant même la déclaration.
Pour les retraités percevant une pension complémentaire Agirc-Arrco, les taux peuvent légèrement différer de la retraite de base. Les nuances sont explicitées dans l'article sur le taux csg retraite complémentaire.
Prélèvement à la source sur les retraites : fonctionnement pratique
Depuis 2019, le prélèvement à la source s'applique aux pensions de retraite. Concrètement, l'organisme payeur (Assurance retraite, Agirc-Arrco…) prélève chaque mois un acompte d'impôt directement sur la pension versée, selon un taux transmis par l'administration fiscale.
Ce taux est calculé à partir de la déclaration de l'année précédente. Il évolue automatiquement chaque septembre après traitement de la déclaration de printemps. Si la situation change en cours d'année (décès du conjoint, modification des revenus), il est possible de demander une modulation du taux via l'espace personnel sur impots.gouv.fr, à la hausse comme à la baisse, dans certaines limites.
Retraite complémentaire et prélèvement à la source : ce qui change
La retraite complémentaire est gérée par un organisme distinct de la retraite de base. Cela signifie que deux prélèvements à la source distincts apparaissent chaque mois sur les relevés bancaires : l'un opéré par l'Assurance retraite (ou équivalent), l'autre par Agirc-Arrco ou l'organisme complémentaire concerné. Les deux appliquent le même taux transmis par le fisc, mais les montants prélevés sont proportionnels à chaque pension.
Un point d'attention pour les retraités touchant plusieurs complémentaires (notamment les anciens cadres du privé ayant eu plusieurs employeurs) : chaque caisse prélève indépendamment. La cohérence globale n'est vérifiée qu'au moment de la déclaration annuelle, avec un solde à payer ou un remboursement à la clé.
Cas particuliers : réversion, cumul emploi-retraite et pensions étrangères
La pension de réversion est imposable selon les mêmes règles qu'une pension ordinaire. Elle s'additionne aux autres pensions du bénéficiaire et doit figurer dans les mêmes cases 1AS/1BS. Beaucoup de veuves et de veufs ignorent cette obligation lors de la première année de perception, ce qui génère des rappels d'impôt parfois douloureux à postériori.
Le cumul emploi-retraite, pratiqué par environ 500 000 personnes en France selon les derniers chiffres de la DREES, génère deux catégories de revenus distinctes : les salaires (cases 1AJ/1BJ) et les pensions (cases 1AS/1BS). Les deux s'additionnent dans le revenu imposable, mais les abattements ne se cumulent pas de la même façon. L'abattement de 10 % s'applique séparément aux salaires et aux pensions, ce qui peut être avantageux.
Les pensions versées par un État étranger posent une question de double imposition. La France a signé des conventions fiscales bilatérales avec la plupart de ses partenaires qui régissent l'imposition de ces revenus. Dans certains cas, la pension étrangère est exonérée en France mais prise en compte pour déterminer le taux applicable aux autres revenus du foyer (méthode du taux effectif). Un sujet qui mérite souvent une consultation auprès du service des impôts des particuliers.
Pour aller plus loin sur les règles générales du système de retraite en France, les droits accumulés et les démarches de liquidation, un guide complet permet de replacer ces questions fiscales dans leur contexte global. La fiscalité de la retraite n'est pas figée : les seuils d'exonération, les taux de CSG et les plafonds d'abattement sont révisés chaque année en loi de finances. Un réflexe à adopter : consulter l'attestation fiscale de chaque caisse dès janvier, la comparer au préremplissage en avril, et ne valider la déclaration qu'après avoir vérifié les cases 1AS, 1BS et 6DE. Trois cases, et souvent plusieurs centaines d'euros en jeu.
