Écoquartier labellisé par l’État à Lons : 52 logements « bas carbone » où le thermomètre atteint 35°C l’été

À Lons, dans les Pyrénées-Atlantiques, la résidence La Verderie, labellisée « écoquartier » et « bâtiment bas carbone » par l’État, encaisse des températures intérieures de 35°C en pleine canicule. Ces 52 logements, présentés comme des modèles écologiques, révèlent un décalage troublant : conçus prioritairement contre le froid, ils se transforment en véritables fours face aux chaleurs extrêmes.

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Trente-cinq degrés au thermomètre, à l'intérieur, chez soi. Pas dans un appartement des années 1970 mal isolé, mais dans une résidence sortie de terre en 2017, labellisée « écoquartier » par l'État et parée du titre envié de « bâtiment bas carbone ». À Lons, dans les Pyrénées-Atlantiques, la résidence La Verderie encaisse cet été une canicule qui met à mal sa réputation de modèle écologique.

Cette résidence, construite il y a moins de dix ans et labellisée "écoquartier" ainsi que "bâtiment bas carbone", affiche pourtant des températures très élevées, jusqu'à 35 degrés à l'intérieur en pleine canicule. Un chiffre qui interroge, forcément, quand on sait que le label était censé garantir tout l'inverse : sobriété, confort, avenir serein.

À retenir

  • Un écoquartier d'État atteint 35°C intérieur l'été : comment un label « bas carbone » peut-il ignorer le confort thermique estival ?
  • Les habitants, coincés entre convictions écologiques et santé, envisagent d'installer des climatiseurs qui annulent les bénéfices du bâtiment
  • Les référentiels de labellisation des années 2010 ont oublié une question cruciale : et si le climat changeait plus vite que les normes ?

Un label ministériel, une réalité de four

Ces bâtiments présentés comme ultra-innovants ont été labellisés "écoquartier" par le ministère de la Cohésion des territoires en 2017, et la résidence a même obtenu le label "bâtiment bas carbone" qui doit assurer des consommations d'énergies faiblement carbonées. Sur le papier, tout est aligné : sobriété énergétique, matériaux biosourcés, ambition nationale. Dans les faits, la chaleur raconte une autre histoire.

Christine et Jean-Michel vivent dans cette résidence depuis trois ans. Leur appartement, situé au dernier étage, est orienté vers le sud-ouest, "c'est un four", se désole Christine. Sur leur terrasse, ils improvisent des protections de fortune : de grands parasols "doublés avec des rideaux" pour se protéger du soleil qui tape sur la baie vitrée, faute d'avancée de toit. Une bricole domestique qui en dit long sur ce qui manque à la conception d'origine.

Le couple n'imaginait pas vivre ça en emménageant. Jean-Michel confirme : "c'est intenable, certaines personnes ont décidé de s'équiper de climatisation, ce qui est un non-sens. Le but d'un écoquartier est de ne pas générer d'énergie en plus et on est amené à faire ça. Pour l'instant on tient bon mais on pense à installer une clim." Pour Christine, l'enjeu dépasse le simple inconfort : "La chaleur me tue, j'ai des problèmes de santé, mais mettre une clim nous pose des problèmes de conscience, ça me fait peur pour l'avenir." Le paradoxe est total. Des locataires engagés dans une démarche écologique, contraints d'installer le seul équipement qui contredit frontalement l'esprit du lieu.

Ces 52 logements locatifs ne semblent tout simplement pas avoir été conçus pour les grosses chaleurs et les canicules que l'on connaît actuellement. Franchement, c'est le genre de décalage qui devrait alerter bien au-delà de Lons : un label pensé pour un climat qui n'existe déjà plus.

Une résidence pensée pour l'hiver, oubliée pour l'été

La Verderie n'a rien d'un projet bâclé. Elle s'étale sur un hectare au cœur du quartier du Perlic, un secteur particulièrement aéré et boisé, et propose un ensemble de 52 logements locatifs et 100% sociaux, individuels et collectifs. C'était le premier site des Pyrénées-Atlantiques à décrocher cette reconnaissance nationale, portée par le Crédit Agricole Pyrénées Gascogne et dessinée par l'architecte Valérie Despagnet.

Côté matériaux, le cahier des charges est irréprochable sur le papier. Laine de mouton des Pyrénées et paille assurent l'isolation des bâtiments, tandis que le pavage et les parements des murs sont réalisés en pierre d'Arudy et en pierre de la Rhune. Récupération d'eau de pluie, éclairage public LED intelligent, domotique, panneaux photovoltaïques, toitures végétalisées, chauffage et eau chaude produits par une chaufferie bois : la liste des dispositifs impressionne, et elle a d'ailleurs valu au projet d'être présenté comme une vitrine nationale au moment de sa livraison.

Le problème, c'est que toute cette ingénierie a été pensée en priorité contre le froid, pas contre la chaleur. Isolation renforcée, ossature bois, laine de mouton : ces choix excellent pour retenir la chaleur en hiver. Mais en été, sans protections solaires suffisantes, sans avancées de toit, sans brise-soleil dignes de ce nom, la même enveloppe thermique se transforme en piège. Une évidence, avec le recul. Presque trop simple à corriger, en théorie, mais impossible à modifier sans travaux lourds sur du bâti existant.

Qui porte la responsabilité de la surchauffe ?

La question mérite d'être posée sans détour, et la réponse n'est pas confortable pour grand monde. Le label « bâtiment bas carbone » évalue avant tout l'empreinte carbone de la construction, les matériaux utilisés, l'énergie grise, la performance hivernale. Il ne garantit en rien le confort d'été, encore moins face à des canicules à répétition. C'est là que le bât blesse : un référentiel conçu à un moment où les vagues de chaleur extrêmes n'étaient pas encore la norme climatique qu'elles sont devenues.

L'État, à travers son ministère, a validé une labellisation qui répondait aux critères d'alors. Le promoteur et l'architecte ont suivi un cahier des charges centré sur la sobriété énergétique hivernale et les matériaux biosourcés. Personne, à aucun stade, n'a semble-t-il intégré un scénario de canicules répétées avec des étés à 35°C intérieurs. Le résultat, ce sont des habitants pris en étau entre leurs convictions écologiques et leur santé, sommés d'installer des climatiseurs qui neutralisent une partie des bénéfices énergétiques du bâtiment.

Ce cas lonsois n'est probablement pas isolé. Partout en France, des écoquartiers labellisés dans les années 2010 découvrent, canicule après canicule, que leurs certifications n'ont jamais intégré de critère de confort thermique estival contraignant. Les nouveaux référentiels commencent tout juste à intégrer des exigences sur les protections solaires et l'inertie thermique face aux fortes chaleurs. Pour les 52 foyers de La Verderie, ce virage réglementaire arrive trop tard : ils vivent, chaque été un peu plus, dans le décalage entre la promesse d'un label et la réalité d'un climat qui change plus vite que les normes qui sont censées l'anticiper.

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