Un salarié gagnant 70 000 € annuels découvre avec stupeur que sa pension de base ne sera calculée que sur 48 060 €. Ce n’est pas une erreur : c’est le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS) qui s’applique année après année, transformant les hauts salaires en une illusion de protection sociale.
« J’ai terminé ma carrière à 70 000 € par an » : personne ne m’avait dit que la Carsat ne retiendrait que 48 060 € de mon salaire

Soixante-dix mille euros de salaire annuel en fin de carrière, et une pension de base calculée sur seulement 48 060 euros. Ce n'est pas une erreur de la Carsat, ni un bug administratif : c'est la mécanique normale du système de retraite français, qui plafonne chaque année de salaire retenue pour le calcul de la pension. Beaucoup de cadres et de professions bien rémunérées découvrent ce couperet au moment de recevoir leur relevé de carrière, souvent avec quinze ou vingt ans de retard sur le moment où ils auraient pu s'y préparer.
À retenir
- Quel secret du système de retraite français les cadres découvrent bien trop tard ?
- Comment un salaire de 70 000 € peut disparaître du calcul de pension sans trace légale ?
- Pourquoi 22 ans d'ignorance avant de comprendre les vraies règles du jeu ?
Le PASS, ce plafond qui grignote les hauts salaires
Le mécanisme s'appelle le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale, le fameux PASS. Le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale applicable à compter du 1er janvier 2026 a été fixé à 48 060 € par arrêté en date du 22 décembre 2025. Concrètement, cela correspond à un plafond mensuel de la sécurité sociale fixé à 4 005 € en 2026.
Le principe est simple, presque brutal dans sa logique. Les salaires pris en compte ne sont retenus que dans la limite du Plafond de la Sécurité sociale de l'année concernée. Lorsque le montant annuel du salaire dépasse ce plafond, seule la partie du salaire qui ne dépasse pas ce plafond est prise en compte dans le calcul. gagner 70 000, 90 000 ou 150 000 euros par an ne change strictement rien au montant retenu par la Carsat pour cette année-là : au-delà du PASS, tout disparaît du calcul de la pension de base. Une évidence pour les experts en droit social. Un choc pour tous les autres.
Ce plafond n'est pas figé dans le marbre : il évolue chaque année selon les salaires moyens constatés. Le PASS a été gelé pendant la crise sanitaire de 2020 à 2022 pour ne pas alourdir les charges, puis fortement revalorisé en 2023, avec une hausse de 6,9 % pour rattraper l'inflation. En 2026, la hausse est plus mesurée, avec deux points de pourcentage supplémentaires par rapport à l'année précédente. De quoi rappeler qu'un plafond de retraite, ça bouge, mais rarement au rythme des salaires réels des cadres.
Vingt-cinq années, vingt-cinq plafonds différents
Le vrai piège, c'est que ce plafonnement ne s'applique pas une seule fois en fin de carrière : il s'applique année par année, sur chacune des vingt-cinq meilleures années retenues pour le calcul. Le salaire annuel moyen, cette fameuse base de calcul, se construit ainsi : le salaire annuel moyen correspond à la somme des salaires des 25 meilleures années revalorisées, divisée par 25.
Prenons un exemple parlant, tiré d'un cas concret de simulation retraite. Si un salarié avait perçu 30 000 € en 1990, on ne retiendrait dans le calcul que le montant du plafond de la Sécurité sociale de l'année 1990, soit 19 977 €, à ce montant on appliquerait ensuite le coefficient de revalorisation, ce qui donnerait environ 31 364 € en valeur 2023. Le mécanisme se répète, méthodiquement, pour chacune des vingt-cinq années retenues. Franchement, c'est le genre de calcul qui devrait figurer en toutes lettres dans chaque contrat de travail dès la première augmentation qui franchit le plafond, pas découvert à 62 ans devant un relevé de carrière indéchiffrable.
Pour un salarié qui termine sa carrière à 70 000 euros annuels en 2026, la logique est identique à celle de l'exemple précédent : chaque salaire annuel retenu est plafonné au Plafond Annuel de la Sécurité Sociale de l'année concernée, fixé à 48 060 €/an en 2026, et si le salarié a gagné 70 000 € cette année-là, seuls 48 060 € entrent dans le calcul du salaire annuel moyen. Le reste a cotisé à l'Agirc-Arrco mais n'enrichit pas la retraite de base.
2 003 euros brut, le mur invisible de la pension de base
Voici l'implication la plus contre-intuitive de tout le système : même un salarié qui aurait gagné le double ou le triple du PASS pendant toute sa carrière ne toucherait pas plus que le plafond maximal de la pension de base. La retraite de base gérée par les CARSAT repose sur une mécanique claire : le montant maximum correspond à 50 % du plafond annuel de la Sécurité sociale. Concrètement, cela signifie que la pension de base maximale pour un salarié du privé est d'environ 2 003 €/mois brut, quelle que soit la hauteur de son salaire.
Ce plafond n'est pas totalement rigide. Si le retraité bénéficie de trimestres de surcote, la retraite majorée par la surcote peut dépasser le montant maximum. Des majorations existent aussi pour les familles nombreuses, mais elles restent marginales face à l'écart entre un salaire de cadre supérieur et le plafond de la Sécurité sociale.
Le point crucial à retenir, c'est que ce plafond s'applique uniquement à la pension de base du régime Carsat ; la pension complémentaire Agirc-Arrco n'en a pas, et même si la base est plafonnée, le cumul avec des prestations complémentaires peut largement dépasser ce montant. C'est là que se joue la vraie différence entre un salarié payé au PASS toute sa carrière et un cadre à 70 000 euros : la première tranche de retraite est identique pour les deux, mais la complémentaire, elle, tient compte de l'intégralité des cotisations versées au-delà du plafond.
Anticiper plutôt que subir
Face à ce plafonnement, la marge de manœuvre existe, mais elle se prépare des années à l'avance. Vérifier régulièrement son relevé de carrière permet de repérer d'éventuelles anomalies, car le relevé de carrière affiche les salaires plafonnés sur lesquels l'employeur a prélevé les cotisations pour calculer le salaire annuel moyen. Un salaire brut annuel supérieur au plafond mais des cotisations calculées en dessous peut arriver, notamment lors de périodes de chômage partiel, et mérite d'être signalé.
Pour les revenus qui dépassent durablement le PASS, l'épargne retraite individuelle (PER) ou l'optimisation de l'épargne salariale deviennent des leviers concrets, puisque ce sont eux, et non la pension de base, qui absorberont la partie du salaire non couverte par le régime général. Un détail que trop peu de salariés découvrent avant la cinquantaine, alors qu'il change radicalement la façon de préparer sa fin de carrière.
Sources : epargne-entreprise.societegenerale.com | horizon-63.cerfrance.fr
