Une plainte pour usurpation d’identité ne suffit pas à arrêter les prélèvements d’un crédit jamais souscrit. Des milliers de victimes découvrent chaque année que le fichage FICP peut s’ajouter au fraud, bloquant l’accès au crédit pour cinq ans. Heureusement, la jurisprudence récente change la donne : c’est au prêteur de prouver, pas à la victime.
J’ai porté plainte dès le lendemain pour ce crédit jamais signé : les prélèvements ont continué et le FICP est tombé

Une lettre de relance qui traîne au milieu du courrier accumulé pendant les vacances, un intitulé qu'on ne reconnaît pas, un montant à quatre chiffres réclamé au titre d'un crédit à la consommation jamais souscrit. Le lendemain matin, dépôt de plainte au commissariat pour usurpation d'identité. Et pourtant, quinze jours plus tard, les prélèvements continuent de tomber sur le compte, puis une notification arrive : inscription au FICP, ce fichier qui verrouille l'accès au crédit pendant cinq ans. Porter plainte protège juridiquement, mais ne suspend rien administrativement. C'est le piège que traversent chaque année des milliers de victimes de fraude au crédit, souvent avec des papiers usurpés lors d'un vol ou d'une fuite de données.
À retenir
- Pourquoi une plainte pour usurpation d'identité ne bloque pas immédiatement les prélèvements
- L'erreur juridique que commettent les victimes : qui doit réellement apporter la preuve ?
- Cinq démarches à mener en parallèle pour retrouver la main avant le fichage FICP
Le réflexe qui rassure, mais qui ne bloque rien
Le dépôt de plainte donne une date, un numéro de procès-verbal, une preuve de bonne foi. Rien de plus, dans l'immédiat. L'organisme prêteur, lui, continue d'appliquer son échéancier tant qu'aucune décision ne vient contredire son dossier : le contrat existe à ses yeux, signé, daté, avec parfois un certificat de signature électronique en pièce jointe. Résultat, les mensualités s'enchaînent normalement, et l'incident de paiement déclenché par la victime elle-même (qui, légitimement, refuse de payer) finit par déclencher l'inscription au fichier national des incidents de remboursement.
Ce mécanisme a un nom juridique précis. Le Fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, géré par la Banque de France, est réglementé par les articles L. 751-1 à L. 752-6 du Code de la consommation et enregistre les difficultés financières des personnes physiques, avec pour conséquence l'impossibilité de contracter un crédit à la consommation ou d'obtenir un crédit immobilier. Une mécanique pensée pour protéger les prêteurs contre les mauvais payeurs, mais qui se retourne violemment contre quelqu'un qui n'a jamais rien emprunté.
Ce que personne ne rappelle : la preuve n'incombe pas à la victime
Voilà le point que la plupart des victimes ignorent, et qui change pourtant toute la dynamique du dossier. La banque ne peut pas obtenir la condamnation au paiement si elle n'est pas en mesure de rapporter la preuve que le contrat a été personnellement et valablement souscrit, conformément à l'article 1353 du Code civil selon lequel celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver. Ce n'est pas à la personne fichée de démontrer qu'elle n'a rien signé, c'est à l'établissement de crédit d'apporter la preuve du contraire.
En pratique, cette preuve repose souvent sur une signature électronique. Or les établissements produisent généralement un contrat signé électroniquement et un fichier de preuve transactionnel, mais encore faut-il que cette signature soit valable au regard des articles 1366 et 1367 du Code civil et du règlement européen eIDAS. Une jurisprudence récente illustre ce basculement : dans une affaire tranchée par la Cour d'appel de Paris début 2026, les juges ont rappelé que la commodité offerte par la conclusion de contrats à distance ne saurait dispenser l'établissement prêteur de ses obligations élémentaires de vérification. Mieux encore, la juridiction a précisé que le rachat d'un portefeuille de créances ne dispense pas d'un examen critique des dossiers lorsque le débiteur conteste formellement avoir souscrit le contrat, et que poursuivre aveuglément le recouvrement dans ces conditions expose à une condamnation pour résistance abusive.
La marche à suivre, étape par étape
Cinq démarches, menées en parallèle plutôt qu'en série, permettent de reprendre la main sur un dossier de ce type. La contestation écrite arrive en premier : un courrier recommandé avec accusé de réception, adressé à l'organisme prêteur, qui affirme noir sur blanc ne pas avoir ouvert ce compte ni souscrit ce crédit, accompagné d'une copie de la pièce d'identité et, dès qu'elle existe, de la copie du dépôt de plainte. Ce courrier réclame aussi l'intégralité du dossier détenu par la banque : offre préalable, justificatifs produits, preuve de signature électronique, traces techniques d'authentification. Cette exigence n'est pas un détail administratif, elle oblige le prêteur à exhiber (ou pas) les éléments qu'il devra de toute façon présenter en cas de litige.
La plainte, elle, doit être déposée sans attendre, idéalement dès la découverte de l'anomalie : plus elle est précoce par rapport à la date de souscription frauduleuse, plus elle pèse lourd dans l'appréciation d'un juge ou d'un médiateur. En parallèle, la saisine du médiateur bancaire compétent permet souvent de débloquer une situation gelée depuis des semaines sans passer par un tribunal, l'organisme étant tenu de répondre dans un délai encadré. Vient ensuite la demande de radiation FICP, adressable directement à l'établissement déclarant : la radiation peut être obtenue amiablement, par demande à l'établissement déclarant, ou judiciairement, en demandant au tribunal de condamner la banque à procéder à la radiation sous astreinte provisoire par jour de retard. Une décision de la Cour d'appel de Versailles, rendue en 2025, est allée jusqu'à condamner un établissement à radier l'inscription sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé un délai d'un mois suivant la signification de l'arrêt. Enfin, l'opposition sur le mandat de prélèvement auprès de sa propre banque reste le geste le plus immédiat : il stoppe le flux d'argent sortant sans attendre l'issue du litige avec le prêteur frauduleux.
Sortir du FICP, et faire payer le préjudice
Un fichage injustifié n'est jamais anodin : il bloque un crédit immobilier en cours, une location, parfois un simple découvert autorisé. La bonne nouvelle, c'est que la jurisprudence tend à sanctionner sévèrement les organismes qui traînent des pieds. La responsabilité civile de la banque peut être engagée pour le préjudice causé par le fichage abusif, incluant la perte d'une opportunité de crédit, un surcoût de financement alternatif, et un préjudice moral lié au stress et à l'anxiété engendrés. De quoi transformer une situation subie en dossier solide, à condition de documenter chaque étape : dates des courriers, accusés de réception, relances restées sans réponse. Le fichage, aussi injuste soit-il au départ, finit presque toujours par céder devant un dossier bien construit. Reste une question que peu de victimes anticipent : combien de temps un même jeu de papiers volés peut-il encore resservir, une fois la première fraude neutralisée ?
Sources : lebot-avocat.com | lebot-avocat.com
