Depuis 2009, l’Assurance Maladie propose un bilan de prévention entièrement gratuit aux Français à des âges-clés : 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans. Pourtant, ce dispositif reste largement méconnu, faute d’une communication efficace auprès des assurés.
Mon médecin m’a proposé un bilan de prévention gratuit à 65 ans : j’ai découvert qu’il existait depuis 2009 et que personne ne me l’avait jamais signalé

Un rendez-vous de trente à quarante-cinq minutes, entièrement pris en charge, pour faire le point sur sa santé avec un professionnel qui prend enfin le temps d'écouter. Voilà ce que propose Mon Bilan Prévention aux 60-65 ans, un dispositif que l'Assurance Maladie prend en charge à 100 %. Le détail qui change tout : cette philosophie du bilan gratuit ne date pas d'hier. Elle existe depuis 2009, sous une forme différente, et la majorité des Français passe encore à côté sans jamais en entendre parler.
L'histoire commence bien avant les campagnes de communication actuelles. Ce qu'on appelait alors l'examen de prévention en santé, ou EPS, était déjà accessible à tous les assurés bénéficiaires de l'Assurance Maladie âgés de plus de 16 ans, et pris en charge à 100 %, sans avance de frais pour les patients. Un bilan complet, réalisé dans des structures dédiées : un centre d'examen de santé de l'Assurance Maladie, dont il en existe une centaine au total, répartis en métropole et en Guadeloupe. Prise de sang, analyse d'urine, entretien médical approfondi. Un vrai check-up, gratuit, que personne ne connaissait vraiment en dehors des personnes déjà repérées comme prioritaires.
À retenir
- Un droit oublié : le bilan de prévention existe depuis 15 ans mais reste invisible pour des millions d'assurés
- Quatre professionnels de santé peuvent le proposer, pas seulement votre médecin généraliste
- Entre 65 et 70 ans, il n'existe aucun bilan gratuit : un vide troublant en période de fragilité
Un dispositif conçu pour les invisibles du système de santé
Franchement, c'est le genre de mécanisme administratif qui aurait dû faire l'objet d'une campagne nationale dès sa création. Mais l'EPS a toujours souffert d'un vice de conception, presque paradoxal : il ciblait en priorité ceux qui, justement, échappent aux radars du système de santé. Il s'adresse en priorité aux personnes éloignées du système de santé, qui consultent rarement un médecin ou qui accèdent moins aux dispositifs de prévention. Résultat, une communication confidentielle, réservée aux publics précaires ou repérés par leur caisse, quand l'immense majorité des assurés, ceux qui voient régulièrement un généraliste, n'en entendait jamais parler.
Le tournant s'est joué avec l'évolution du dispositif vers ce qui s'appelle aujourd'hui Mon Bilan Prévention. Une refonte pensée pour cibler des âges-clés précis plutôt qu'un public flou et difficile à joindre. Toutes les personnes dont l'âge est compris entre les tranches suivantes peuvent réaliser ce bilan de santé : 18 et 25 ans inclus ; 45 et 50 ans inclus ; 60 et 65 ans inclus ; 70 et 75 ans inclus. Une seule règle : seul un bilan par tranche d'âge est possible. À 65 ans, on se trouve pile à la limite haute de la deuxième tranche senior, celle qui précède l'entrée dans le grand âge. Un timing presque symbolique, et une dernière fenêtre avant de devoir patienter jusqu'à 70 ans pour la suivante.
Ce qui se joue réellement pendant ces trente à quarante-cinq minutes
Le format a changé, l'esprit reste le même : repérer avant que ça ne dégénère. Le bilan n'est pas un simple entretien de courtoisie. En comprenant ce qui influence la santé, il permet de prévenir l'apparition ou les complications de certaines maladies comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires. Les sujets abordés touchent large : activité physique adaptée, santé mentale, troubles du sommeil, consommation d'alcool et de tabac, sans oublier les actions de dépistage des cancers ou des infections sexuellement transmissibles. À l'issue de l'échange, un plan personnalisé de prévention est remis. Pas une brochure générique, un document taillé sur mesure.
Autre nuance qui mérite d'être connue : ce bilan n'est plus réservé aux seuls médecins. D'une durée de 30 à 45 minutes, les bilans de prévention peuvent être effectués par quatre professionnels de santé, à savoir médecins, notamment le médecin traitant, infirmiers, pharmaciens et sages-femmes. Une ouverture qui change la donne dans les zones où trouver un rendez-vous chez un généraliste relève du parcours du combattant. Un pharmacien de quartier, une sage-femme, un infirmier libéral peuvent désormais assurer ce moment d'échange, avec la même prise en charge intégrale. Le contact peut même se faire avec un praticien déjà connu du patient : il est possible de réaliser ce bilan avec un professionnel de santé que l'on connaît déjà en précisant qu'il s'agit d'un bilan prévention, dans la mesure où la durée dépasse celle d'une consultation classique.
Pourquoi si peu de patients en ont entendu parler avant leur médecin
La question mérite d'être posée sans détour : comment un droit gratuit, ouvert à des millions de Français, reste-t-il aussi méconnu quinze ans après sa création ? La réponse tient en partie à la mécanique de notification. L'assuré reçoit une notification via Mon Espace Santé ou par courrier de l'Assurance Maladie, un canal que beaucoup de seniors n'ouvrent jamais ou consultent trop rarement. L'auto-questionnaire préparatoire, lui, peut être téléchargé ou rempli directement sur Mon Espace Santé, ce qui suppose déjà une aisance numérique loin d'être acquise à cet âge.
L'enjeu démographique, pourtant, est loin d'être anecdotique. En 2030, un Français sur trois aura plus de 60 ans et les plus de 65 ans seront plus nombreux que les moins de 15 ans. Un basculement générationnel qui rend ce type de dispositif d'autant plus stratégique, et son sous-usage d'autant plus regrettable. Le bilan reste pourtant simple d'accès pour qui sait où chercher : un annuaire des professionnels habilités existe sur le site santé.fr, et il suffit souvent d'évoquer le sujet directement lors d'une consultation classique pour que le médecin traitant enclenche la démarche.
Reste une zone grise que peu de patients anticipent : au-delà de 65 ans, il faudra patienter jusqu'à 70 ans pour retrouver ce droit à un bilan gratuit, la tranche 65-70 ans n'étant tout simplement pas couverte par le dispositif actuel. Un vide générationnel qui interroge, alors même que cette décennie concentre souvent les premiers signaux de fragilité liés à l'âge.
Sources : pour-les-personnes-agees.gouv.fr | ameli.fr
