Un simple arrêt maladie, même parfaitement justifié, peut amputer durablement le montant de votre future pension. La raison tient à une règle discrète mais implacable du régime général :
les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale sont légalement exclues du calcul du salaire annuel moyen qui sert de base à votre retraite. Autrement dit, une année marquée par une longue maladie peut venir plomber la moyenne des 25 meilleures années, sans que le salarié en soit averti.
Le piège invisible des indemnités journalières dans le calcul de votre retraite
Lorsqu'un salarié du privé tombe malade, il touche des
indemnités journalières versées par l'Assurance maladie pour compenser une partie de son salaire. Le problème, c'est que ces sommes ne sont pas soumises à cotisations d'assurance vieillesse. Résultat : elles n'apparaissent pas dans le salaire porté au compte, ce fameux revenu annuel utilisé pour calculer la pension. Seules les indemnités journalières de
maternité échappent à cette règle, à titre exceptionnel.
Concrètement, une année marquée par un arrêt long se transforme en une année à revenus très faibles, parfois quasiment nuls sur le plan retraite. Le trimestre peut être validé, l'activité reconnue, mais le
salaire annuel retenu reste minoré. Si cette année finit malgré tout dans le calcul, elle tire mécaniquement le salaire annuel moyen vers le bas, et donc le montant de la pension avec.
Pourquoi la règle des 25 meilleures années peut se retourner contre vous
Au régime général,
la pension de base s'appuie sur la moyenne des
25 meilleures années de carrière. Sur le papier, cette règle est censée protéger les salariés : les années médiocres sont écartées, seules les plus rémunératrices sont retenues. En pratique, tout dépend de la longueur de la carrière. Pour ceux qui ont travaillé longtemps et connu des revenus stables, une année abîmée par la maladie peut effectivement être évincée du calcul.
Mais pour les
carrières courtes, hachées ou tardives, il n'y a pas toujours 25 années pleines à sélectionner. Les années amputées par un arrêt long s'invitent alors dans la moyenne, faute de mieux. L'impact est encore plus lourd quand la maladie survient au moment où les revenus sont au plus haut, en fin de carrière notamment. Ces années auraient pu figurer parmi les meilleures : elles se retrouvent au contraire à tirer la moyenne vers le bas.
À cette réalité s'ajoute une différence de traitement mal connue avec la fonction publique. Un fonctionnaire placé en
congé de longue maladie ne voit pas sa retraite affectée, puisque celle-ci se calcule sur le traitement des six derniers mois, hors indemnités journalières. Une situation vécue comme une
double peine par de nombreux salariés du privé, dont la maladie continue de peser financièrement des années après.
Ce qu'il faut retenir sur les trimestres validés mais non cotisés
Il faut bien distinguer deux notions souvent confondues. Les périodes d'arrêt maladie indemnisées sont
assimilées à des périodes de cotisation : 60 jours d'indemnisation permettent de valider un trimestre, dans la limite de 4 par an. Mais ces trimestres sont
validés, pas
cotisés. Cette nuance devient essentielle si l'on souhaite partir en retraite anticipée pour carrière longue, dispositif qui exige un nombre précis de trimestres réellement cotisés.
- Trimestres cotisés : issus d'un salaire soumis à cotisations vieillesse.
- Trimestres validés (ou assimilés) : accordés notamment pour maladie, chômage, maternité.
- Salaire porté au compte : uniquement les revenus soumis à cotisations, hors indemnités journalières maladie.
Les réflexes à adopter pour limiter la casse sur votre future pension
Première précaution : consulter régulièrement son
relevé de carrière sur le site de l'Assurance retraite. Il permet de repérer les années anormalement basses liées à un arrêt maladie ou à une période d'inactivité. Toute anomalie doit être signalée le plus tôt possible, car les justificatifs deviennent plus difficiles à retrouver avec le temps. Un contrôle attentif quelques années avant le départ évite les mauvaises surprises au moment de la liquidation.
Plusieurs leviers existent ensuite pour compenser une année abîmée. Le
rachat de trimestres (études supérieures, années incomplètes) peut améliorer le taux, sans toutefois modifier le salaire annuel moyen.
Prolonger son activité au-delà de l'âge légal reste souvent la solution la plus efficace : chaque nouvelle année de salaire complet peut venir remplacer une année pénalisée par la maladie. Solliciter un rendez-vous avec un conseiller retraite, gratuit, permet aussi de simuler différents scénarios avant de trancher.
La maladie fait partie des aléas ordinaires d'une carrière, et pourtant elle continue de peser silencieusement sur la retraite des salariés du privé. Une réforme de cette règle a déjà été évoquée au Parlement pour corriger l'écart avec la fonction publique, mais rien n'a bougé à ce jour. En attendant, la vigilance individuelle reste la meilleure protection : et si le vrai chantier des prochaines années était de rendre enfin ces mécanismes plus transparents pour ceux qui les subissent ?