Une retraitée a découvert que sa banque pouvait fermer son LEP sans la prévenir, après deux revalorisations consécutives de sa pension. Ce mécanisme automatique, rendu possible par l’échange direct de données entre l’administration fiscale et les banques, transforme les bonnes nouvelles en mauvaises surprises pour les retraités aux revenus modestes.
« Ma pension de base a été revalorisée deux années de suite » : personne ne m’avait dit que ma banque pouvait fermer mon LEP sans me demander mon avis

22 823 euros. C'est le plafond de revenu fiscal de référence qui, pour une personne seule, déterminait en 2025 le droit de conserver un livret d'épargne populaire. En dessous, l'épargne reste protégée et rémunérée au meilleur taux du marché réglementé. Au-dessus, pendant deux années de suite, la banque n'a même pas besoin de vous prévenir avant de fermer le compte. C'est exactement ce qui est arrivé à une retraitée dont la pension de base, revalorisée deux années consécutives, a suffi à faire basculer son dossier du mauvais côté du barème, sans qu'elle n'ait jamais reçu le moindre coup de fil de son conseiller.
À retenir
- Les banques peuvent désormais fermer votre LEP automatiquement après deux années de dépassement du plafond de revenus
- Une simple revalorisation légale de pension peut suffire à déclencher cette fermeture sans que vous ne soyez informé à temps
- Il existe une parade : vérifier son RFR chaque année et demander des simulations avant le 30 avril fatidique
Un contrôle qui se fait désormais sans vous, et sans prévenir
Le LEP fonctionnait autrefois sur la confiance déclarative. Jusqu'à présent, pour conserver son LEP, il fallait transmettre tous les ans son avis d'imposition à sa banque, ceci pour montrer que l'on remplit toujours les conditions d'octroi. Ce temps-là est révolu. L'administration fiscale peut désormais fournir directement ces informations aux établissements bancaires, qui n'ont plus à solliciter leurs clients. Concrètement, la Direction générale des Finances publiques transmet le revenu fiscal de référence directement à la banque, chaque année, sans que le titulaire du livret n'ait à produire quoi que ce soit. Pratique pour ceux qui oublient leurs papiers, redoutable pour ceux dont les revenus grimpent discrètement d'une année sur l'autre.
Franchement, c'est le genre d'automatisation qui rend service neuf fois sur dix, et qui piège la dixième sans prévenir. Parce que ce contrôle silencieux ne fait aucune distinction entre une hausse de salaire volontaire et une simple revalorisation légale d'une pension de retraite, décidée par l'État et appliquée sans que le retraité n'y soit pour rien.
Le piège des petites revalorisations de pension
Voilà où le bât blesse pour de nombreux retraités aux revenus modestes. Une revalorisation de pension de base, même minime, de l'ordre de quelques points de pourcentage, peut suffire à faire franchir le plafond du RFR à un foyer qui vivait jusque-là confortablement sous le seuil. Répétée deux ans de suite, cette mécanique presque anodine transforme une bonne nouvelle (une pension qui suit l'inflation) en mauvaise surprise (la perte d'un placement mieux rémunéré que tous les autres livrets réglementés).
Le seuil lui-même évolue chaque année, en principe pour éviter ce genre d'effet de bord. Pour 2026, les plafonds ont été revalorisés de 0,9%, comme le barème de l'impôt sur le revenu, ce qui élargit légèrement le nombre de foyers éligibles. Mais quand la revalorisation des pensions grimpe plus vite que celle du barème du LEP la même année, l'écart se creuse et certains retraités basculent malgré eux au-dessus de la limite, deux exercices fiscaux d'affilée.
Le mécanisme légal, lui, ne laisse aucune place à la discussion une fois le second seuil dépassé. Si l'épargnant dépasse pendant deux années consécutives le plafond de ressources, la clôture du LEP est automatique. Une règle inscrite noir sur blanc dans le Code monétaire et financier, à l'article R221-38, qui prévoit que lorsque le titulaire d'un compte sur livret d'épargne populaire cesse de remplir la condition de revenus pour la deuxième année consécutive, il est tenu d'en demander la clôture.
Ce qui se passe concrètement, et pourquoi ce n'est pas une catastrophe
Première précision, et elle rassure beaucoup de monde : un seul dépassement ne condamne rien. Un dépassement du plafond de revenus n'entraîne pas la fermeture immédiate du LEP. La réglementation prévoit une tolérance d'un an : la première année de dépassement, la banque notifie le dépassement, mais le LEP reste actif, sans conséquence immédiate. Cette tolérance a été pensée précisément pour absorber les à-coups temporaires, qu'il s'agisse d'une prime exceptionnelle, d'une vente immobilière ou, donc, d'une revalorisation de pension. Si les revenus repassent sous le seuil entre les deux années, le LEP est conservé sans interruption ni démarche particulière.
C'est seulement quand le dépassement se confirme une seconde fois que le couperet tombe, et là, sans discussion possible. La clôture du LEP est automatique si le plafond de ressources est dépassé pendant deux années consécutives, et elle sera effectuée au plus tard le 30 avril de la deuxième année consécutive où les conditions de détention ne sont plus remplies. L'argent ne disparaît évidemment pas dans la nature. Les fonds sont versés sur un autre compte au nom du titulaire, ouvert dans la même banque, ou mis sur un compte d'attente. Dans la pratique, cela signifie le plus souvent un basculement vers un livret A, moins généreux en taux, ou vers un compte courant classique, qui lui ne rapporte strictement rien.
La différence de rendement n'est pas anecdotique. Le LEP reste, malgré la baisse récente de sa rémunération, le placement réglementé le plus avantageux du marché. Sa rémunération est fixée par l'État, à 2,5% depuis le 1er février 2026, contre 2,7% auparavant depuis le 1er août 2025. Perdre cet accès du jour au lendemain, sans avoir vu venir le coup, représente un vrai manque à gagner pour des ménages qui, par définition, comptent chaque euro.
Comment éviter la mauvaise surprise
La meilleure parade reste la vigilance sur son propre avis d'imposition. Vérifier chaque année son revenu fiscal de référence, et le comparer au barème en vigueur (accessible sur le site officiel Service-Public.fr), permet d'anticiper un éventuel dépassement plutôt que de le découvrir via un relevé de compte qui affiche soudain un solde nul sur le LEP. Un détail mérite d'être connu des retraités concernés : la règle des deux années consécutives constitue un vrai filet de sécurité, à condition de ne pas la découvrir après coup. Ceux qui approchent du seuil ont donc tout intérêt à demander eux-mêmes des simulations à leur banque avant la fin de l'année fiscale, plutôt que d'attendre que le couperet tombe le 30 avril suivant, sans possibilité de revenir en arrière une fois la seconde année de dépassement actée.
Sources : klubasso.fr | toutsurmesfinances.com
