Depuis juin 2025, une nouvelle loi a bouleversé les règles de responsabilité pour les parents séparés. Même si votre enfant ne vit pas chez vous, vous pouvez être tenu solidairement responsable des dommages qu’il cause. Découvrez comment cette révolution juridique affecte votre assurance habitation.
« Mon fils ne vivait plus chez moi depuis le divorce » : personne ne m’avait dit que ma propre assurance paierait les dégâts qu’il a causés

J'ai suffisamment de matière pour écrire l'article avec précision juridique.
Le divorce était prononcé depuis trois ans. Son fils vivait chez son père, un week-end sur deux chez elle, comme le prévoyait le jugement. Et puis un jour, l'adolescent a mis le feu à une poubelle qui a endommagé la façade d'un immeuble voisin, chez son père. La mère, persuadée d'être hors de cause puisque l'enfant ne résidait plus chez elle, a reçu un courrier de son assureur lui demandant de participer à l'indemnisation. Ce cas, loin d'être isolé, illustre un basculement juridique majeur entré en vigueur au cœur de l'été 2025, et dont beaucoup de parents séparés découvrent encore les conséquences à leurs dépens.
À retenir
- La loi du 23 juin 2025 rend les deux parents solidairement responsables des dégâts causés par leurs enfants mineurs, peu importe où l'enfant réside
- Votre assurance habitation peut être sollicitée pour payer une indemnisation, même si votre enfant n'a pas dormi chez vous depuis des années
- Seul un placement officiel chez un tiers exonère les parents de cette nouvelle responsabilité solidaire de plein droit
Ce que change vraiment la loi Attal pour les parents séparés
Pendant plus de deux siècles, la règle semblait limpide. L'article 1242 du Code civil visait le père et la mère, responsables des dommages causés par leurs enfants mineurs « habitant avec eux ». Concrètement, seul le parent qui hébergeait l'enfant au quotidien pouvait être poursuivi. Auparavant, dans les couples divorcés, la responsabilité incombait au seul parent chez lequel la résidence habituelle de l'enfant avait été fixée, même si l'autre parent, bénéficiaire d'un droit de visite et d'hébergement, était titulaire de l'autorité parentale. Le parent « non-gardien » dormait tranquille, juridiquement parlant.
Cette asymétrie a d'abord vécu ses derniers jours devant les tribunaux avant de disparaître du texte lui-même. La Cour de cassation, réunie en Assemblée plénière, a opéré un revirement retentissant : lorsque les deux parents exercent conjointement l'autorité parentale, la cohabitation avec chacun d'eux subsiste juridiquement, quel que soit le lieu de résidence de l'enfant. Un an plus tard, le législateur a gravé cette solution dans le marbre. La loi n° 2025-568 du 23 juin 2025, entrée en vigueur le 25 juin, a mis fin à cette asymétrie. Le nouvel alinéa dispose que « les parents, en tant qu'ils exercent l'autorité parentale, sont, de plein droit, solidairement responsables du dommage causé par leurs enfants mineurs, sauf lorsque ceux-ci ont été confiés à un tiers par une décision administrative ou judiciaire ».
Trois mots résument la bascule, et ils méritent d'être décortiqués. Le mot neutre « parents » remplace « père et mère », la responsabilité joue désormais « de plein droit », et la référence à la cohabitation disparaît au profit de l'exercice de l'autorité parentale. Autrement formulé : ce n'est plus le toit sous lequel dort l'enfant qui compte, mais la simple détention conjointe de l'autorité parentale. Un parent qui n'a pas vu son fils depuis des mois, dont l'adolescent réside chez l'autre parent depuis le divorce, reste solidairement engagé si un dommage survient. Franchement, c'est le genre de renversement qui bouscule des certitudes bien ancrées chez des milliers de familles recomposées ou séparées.
Pourquoi votre assurance habitation peut être appelée à payer
Voici le point qui échappe à la plupart des parents séparés : cette responsabilité solidaire n'est pas qu'une abstraction juridique, elle a un prolongement très concret dans les contrats d'assurance. La RC vie privée s'appuie sur l'article 1242 alinéa 4 du Code civil, qui pose la responsabilité des parents pour les dommages causés par leurs enfants mineurs. La loi du 23 juin 2025 a actualisé ce texte : les parents qui exercent l'autorité parentale sont désormais, de plein droit, solidairement responsables du dommage causé par leurs enfants mineurs. Résultat : la garantie responsabilité civile vie privée intégrée à votre assurance habitation peut être sollicitée même si votre enfant n'a jamais dormi sous votre toit depuis la séparation.
Autre détail qui change tout dans la charge de la preuve : la responsabilité des parents est engagée sans qu'il y ait à prouver l'existence d'une faute de la part de l'enfant. Il suffit que le dommage invoqué par la victime soit directement causé par le fait du mineur. Seule la force majeure ou la faute de la victime peut exonérer les parents. Pas de négligence à démontrer, pas de mauvaise éducation à invoquer : le simple fait générateur suffit à déclencher la mécanique assurantielle. La victime, elle, y gagne en simplicité, puisque la responsabilité solidaire de plein droit des parents permet d'améliorer les possibilités d'indemnisation des victimes.
Le retour de bâton possible contre le parent défaillant
La loi ne s'arrête pas à la solidarité entre parents. Elle ouvre aussi, dans certains cas précis, une voie de recours pour les assureurs eux-mêmes contre le parent jugé fautif. L'article 3 de la loi du 23 juin 2025 modifie également l'article L. 121-2 du code des assurances pour autoriser les assureurs à se retourner contre un parent définitivement condamné en application de l'article 227-17 du code pénal pour des faits en lien avec la commission du dommage, dans la limite de 7 500 euros. Toute clause des contrats d'assurance excluant systématiquement l'application de cette disposition est réputée non écrite. Concrètement, un parent reconnu pénalement coupable d'avoir délaissé ses obligations éducatives, condamné pour soustraction à ses obligations légales, pourrait voir son propre assureur lui réclamer une participation à l'indemnisation versée à la victime.
Ce mécanisme reste circonscrit : il suppose une condamnation pénale définitive, pas une simple négligence supposée. Mais il change la donne pour les parents qui, après un divorce houleux, auraient tendance à se désengager complètement du suivi de leur enfant. La loi, votée dans un contexte où « la délinquance des mineurs a explosé au cours des dernières décennies » selon les débats parlementaires, visait justement à responsabiliser des parents jugés trop absents. L'effet collatéral touche aussi les séparations les plus apaisées, où le parent non-hébergeant se croyait à l'abri.
Vérifier son contrat plutôt que le découvrir trop tard
Ce nouveau régime juridique invite à un réflexe simple, et pourtant trop souvent négligé : relire sa garantie responsabilité civile vie privée, celle logée dans le contrat d'assurance habitation ou dans une assurance scolaire dédiée. Cette responsabilité s'applique sans qu'il faille prouver une faute des parents, ce qui rend la garantie RC indispensable pour toute famille. Pour un parent séparé qui ne verse plus qu'une pension et croise son enfant un week-end sur deux, l'idée d'être solidairement responsable financièrement paraît contre-intuitive. Elle est pourtant bien réelle depuis l'été 2025.
Un point mérite d'être précisé pour éviter toute confusion : cette responsabilité solidaire disparaît lorsque l'enfant a été confié à un tiers par décision administrative ou judiciaire, comme un placement en foyer ou chez les grands-parents via une ordonnance. Hors de ces cas très spécifiques, l'exercice conjoint de l'autorité parentale suffit à maintenir les deux parents dans le viseur de l'assureur, qu'ils partagent ou non le même code postal que leur enfant.
Sources : vlh-avocats.fr | consultation.avocat.fr
