« J’ai payé l’assurance de ma banque pendant 9 ans sur mon crédit immobilier » : personne ne m’avait dit que je pouvais la résilier n’importe quel jour de l’année

Pendant neuf ans, une emprunteuse a payé une assurance de crédit deux à trois fois plus chère que nécessaire, ignorant que la loi Lemoine lui permettait de la résilier à tout moment depuis 2022. Cette liberté, méconnue de la majorité des emprunteurs, peut représenter des économies vertigineuses : jusqu’à 35 000€ sur la durée d’un prêt.

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Neuf années. C'est le temps qu'il aura fallu à cette emprentrice pour comprendre qu'elle payait, mois après mois, une assurance de crédit deux à trois fois plus chère que nécessaire. Son histoire n'a rien d'exceptionnel : elle illustre au contraire un réflexe collectif bien ancré, celui de signer le contrat groupe proposé par la banque au moment du prêt, puis de ne plus jamais y toucher. Or depuis la loi Lemoine, entrée en vigueur en 2022, ce contrat peut être résilié n'importe quel jour de l'année, sans attendre une date anniversaire, sans frais et sans avoir à se justifier.

À retenir

  • Vous pouvez changer d'assurance emprunteur n'importe quel jour, sans frais ni pénalité — mais les banques ne vous le disent pas clairement
  • Une délégation d'assurance peut diviser le coût par deux ou trois pour un jeune emprunteur en bonne santé
  • Le droit à l'oubli pour les antécédents médicaux a été réduit de 10 à 5 ans pour les cancers — une révolution silencieuse de la loi Lemoine

Le jour où elle a découvert qu'elle pouvait tout changer, tout de suite

Pendant longtemps, la règle était simple et frustrante : on ne pouvait changer d'assurance emprunteur qu'à la date anniversaire du contrat, dans une fenêtre étroite de quelques semaines. Rater le coche, c'était repartir pour un an de contrat groupe. La loi Lemoine a balayé cette contrainte. Elle offre la possibilité de résilier et de changer à tout moment le contrat d'assurance de prêt immobilier, avec un droit de résiliation dès la conclusion du contrat. Concrètement, la loi Lemoine permet de résilier son assurance emprunteur à tout moment, sans frais ni pénalité, pendant toute la durée du crédit immobilier.

Le détail qui change tout : cette liberté s'applique à tout moment pour toute offre de prêt immobilier émise depuis le 1er juin 2022 et pour tout contrat d'assurance signé après le 1er septembre 2022. même un crédit contracté bien avant cette date est concerné, dès lors que le contrat d'assurance lui-même a été signé après. Notre emprentrice, avec ses neuf années de prélèvements, entrait parfaitement dans ce cas de figure. Elle n'avait simplement jamais eu l'information, et ce n'est pas un hasard.

La loi impose en effet aux banques une obligation qu'elles respectent, disons-le, avec une inégale conscience professionnelle. Les banques et les assureurs sont désormais dans l'obligation d'informer l'emprunteur, chaque année, de la possibilité de résilier leur contrat, une information qui doit inclure les modalités de mise en œuvre de ce droit. Dans les faits, cette information arrive souvent noyée dans un relevé annuel, en petits caractères, entre deux pages de conditions générales. Le genre de courrier qu'on parcourt distraitement avant de le classer sans suite. Franchement, difficile de ne pas y voir une forme de résistance passive du secteur bancaire face à un dispositif qui, mécaniquement, lui fait perdre des marges confortables.

Pourquoi l'écart de prix est aussi vertigineux

Le contrat groupe d'une banque mutualise le risque sur l'ensemble de ses clients emprunteurs, jeunes et moins jeunes, fumeurs et non-fumeurs, en bonne santé ou non. Résultat : un trentenaire non-fumeur en bonne santé paie, dans les faits, pour couvrir le risque statistique des profils plus âgés ou plus fragiles du même contrat groupe. La délégation d'assurance, elle, individualise le tarif selon le profil réel de l'emprunteur. Elle consiste à souscrire un contrat individuel auprès d'un assureur autre que sa banque, l'écart de prix venant surtout du mode de calcul de la cotisation : pour un emprunteur jeune et non-fumeur, la délégation peut diviser le coût de l'assurance par deux ou trois.

Sur la durée totale d'un crédit, l'addition devient vertigineuse. L'assurance des emprunteurs représente entre 25 et 40 % du coût total d'un crédit immobilier sur 20 ans, soit souvent plus que les frais de notaire, et sur un capital de 200 000 € sur 20 ans, le levier d'économie peut atteindre 15 000 à 35 000 euros. Un chiffre qui donne le vertige quand on le rapporte à ce que représentent des travaux de rénovation, des vacances en famille pendant des années, ou simplement un matelas d'épargne de précaution. Autre donnée révélatrice : les taux pratiqués par les assureurs externes sont nettement inférieurs à ceux des contrats groupe proposés par les banques, qui affichent en moyenne 0,34 % du capital emprunté, contre 0,15 % en délégation entre 35 et 50 ans. L'écart ne se referme jamais complètement avec l'âge, contrairement à une idée reçue tenace selon laquelle la délégation ne profiterait qu'aux jeunes emprunteurs.

Le paradoxe, c'est que cette liberté théorique se heurte encore à une réalité de marché plutôt figée. Selon un baromètre cité par un cabinet spécialisé en financement, en 2026 les banques conservent encore 85 % du marché, ce qui signifie que la majorité des emprunteurs paie son assurance trop cher, et 54 % d'entre eux n'ont jamais reçu d'information de leur banque sur leur droit au changement. Un chiffre qui, à lui seul, résume tout le malentendu : la loi existe, le droit est acquis, mais l'inertie administrative et le silence des établissements font le reste.

Le droit à l'oubli, l'autre révolution méconnue de la loi Lemoine

Au-delà de la résiliation à tout moment, la loi Lemoine a transformé un autre pan, plus sensible encore, de l'assurance emprunteur : celui des antécédents médicaux. Le droit à l'oubli est ramené de 10 à 5 ans pour les anciens malades du cancer et s'étend à l'hépatite C, harmonisant ce délai quel que soit l'âge de l'assuré au moment du diagnostic. Avant la réforme, une personne guérie d'un cancer devait patienter une décennie entière, parfois davantage, avant de pouvoir souscrire une assurance de prêt sans avoir à déclarer sa maladie passée ni subir de surprime.

Ce changement s'accompagne d'une seconde avancée, tout aussi concrète pour des millions de foyers : si la part assurée des crédits de l'emprunteur est inférieure à 200 000 euros et si le remboursement total du prêt est prévu avant ses 60 ans, celui-ci n'est plus obligé de répondre au questionnaire médical. Pour une bonne partie des primo-accédants, cela signifie tout simplement la disparition d'un obstacle qui pouvait, autrefois, faire capoter un dossier ou gonfler artificiellement la cotisation. Sans questionnaire médical, l'assureur ne peut ni majorer la cotisation, ni exclure de garanties, ni refuser le dossier pour raison de santé, ce qui constitue un levier majeur pour les personnes ayant des antécédents médicaux.

Reste un détail que peu d'emprunteurs vérifient avant de se lancer dans un changement de contrat : l'équivalence des garanties. La banque ne peut pas refuser une délégation d'assurance sous prétexte qu'elle coûte moins cher, mais elle peut la refuser si les garanties proposées sont jugées insuffisantes par rapport à son contrat groupe, notamment sur l'invalidité ou l'incapacité de travail. Comparer deux devis ligne par ligne, et pas seulement leur tarif final, reste le seul moyen d'éviter une mauvaise surprise le jour où, précisément, on aurait besoin que l'assurance joue son rôle.

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