« Je suis resté en activité 4 ans après avoir pris ma retraite » : au moment du calcul, la Carsat a ramené tous mes nouveaux droits à 5 % du PASS

Après quatre ans à cumuler emploi et pension, un retraité découvre que sa nouvelle retraite ne dépassera pas 200 euros par mois. Cette mécanique frustrante du cumul emploi-retraite depuis 2023 laisse des milliers de salariés perplexes : travailler plus ne change rien au plafond fixe appliqué par la Carsat.

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Quatre ans à cumuler un emploi et une pension. Quatre ans de cotisations prélevées sur chaque fiche de paie, avec l'idée, quelque part, qu'elles serviraient à quelque chose. Et au bout du compte, un couperet : la nouvelle pension calculée par la Carsat ne dépasse pas 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit environ 200 euros bruts par mois. Ce témoignage, largement partagé sur les forums de retraités, illustre une mécanique aussi méconnue que frustrante du cumul emploi-retraite version 2023.

Le chiffre choque, mais il n'a rien d'une erreur administrative. C'est la règle, écrite noir sur blanc dans le Code de la Sécurité sociale depuis la réforme des retraites entrée en vigueur le 1er septembre 2023.

À retenir

  • Pourquoi quatre ans de cotisations supplémentaires donnent le même résultat qu'un seul trimestre travaillé ?
  • Un plafond de 5% du PASS qui s'ignore royalement de vos efforts et de votre salaire réel
  • Les futurs retraités auront droit à mieux : la vraie révolution commence en 2027, mais pas pour vous

Un droit nouveau, mais sous cloche

Avant cette date, reprendre une activité après la liquidation de sa retraite ne servait strictement à rien sur le plan des droits : les cotisations partaient à fonds perdu, sans jamais générer la moindre nouvelle pension. La réforme a changé la donne, au moins sur le papier. Pour les retraites liquidées depuis le 1er septembre 2023 à taux plein, les cotisations vieillesse prélevées sur le revenu d'activité permettent désormais aux retraités de s'ouvrir de nouveaux droits et ainsi se constituer une nouvelle pension de base.

Le problème, c'est l'ampleur du plafond fixé pour cette seconde pension. La seconde pension de base est calculée sur les nouvelles cotisations, mais plafonnée à 5% du PASS par an, soit environ 2 403 €/an ou 200 €/mois maximum en 2026. Un montant fixé une bonne fois pour toutes par décret, quel que soit le salaire perçu pendant la période de cumul, quelle que soit sa durée. Travailler un an ou quatre ans après sa retraite ne change rien à l'affaire : le plafond reste identique. Ce plafond est global : il ne se cumule pas avec le nombre d'années travaillées et sans surcote possible.

Concrètement, cela veut dire qu'un cadre repartant travailler quatre années à temps plein, avec un salaire confortable, obtiendra la même seconde pension qu'un retraité n'ayant repris qu'un mi-temps sur douze mois. Contre-intuitif, presque absurde vu de l'extérieur, mais logique dans la mécanique voulue par le législateur : ce dispositif n'a jamais eu vocation à remplacer une carrière, seulement à ne plus pénaliser ceux qui choisissent de continuer à travailler.

Pourquoi si peu, et pourquoi si tard

Deux éléments aggravent la déception de nombreux retraités. D'abord l'absence totale de surcote : cette seconde retraite de base ne peut pas se voir appliquer une surcote, la majoration de 1,25% par trimestre supplémentaire travaillé au-delà de la durée de cotisation requise, ni de majoration familiale, le bonus de 10% accordé aux parents de trois enfants et plus. Autant dire que les mécanismes qui, habituellement, récompensent la prolongation d'activité, s'effacent purement et simplement dans ce cadre précis.

Ensuite, il y a la question du calendrier, celle qui, sans doute, fait le plus grincer des dents. Cette seconde pension ne prend effet qu'à la liquidation, c'est-à-dire à la cessation définitive d'activité. impossible de la toucher en parallèle du travail repris : il faut arrêter, une bonne fois pour toutes, pour percevoir ces quelques centaines d'euros annuels. Pour quelqu'un ayant repris une activité pendant quatre ans avant de vraiment raccrocher, la somme accumulée reste plafonnée à ce montant unique et définitif, versé d'un coup au moment de la seconde liquidation.

À côté de cette pension de base à l'avenir modeste, il existe heureusement une compensation plus généreuse pour les salariés du privé : la pension complémentaire Agirc-Arrco. L'acquisition de points Agirc-Arrco se fait sans plafond, ces points étant convertis en pension supplémentaire à la cessation définitive, un avantage notable pour les cadres. C'est souvent là que se joue la vraie récompense financière du cumul emploi-retraite prolongé, bien davantage que sur la pension de base plafonnée à 200 euros mensuels.

Ce que la réforme 2027 va changer, et pour qui

La colère de ces retraités arrive à un moment charnière. La loi de financement de la Sécurité sociale votée fin 2025 a en effet acté une refonte complète du dispositif, mais uniquement pour les futurs retraités. La LFSS pour 2026 prévoit la réforme du cumul emploi retraite pour les personnes prenant leur retraite après le 1er janvier 2027, les retraités déjà en CER à cette date n'étant pas concernés.

Concrètement, à partir de 67 ans, le système va s'ouvrir bien plus largement. À partir de 67 ans, le cumul devient intégral, sans aucun plafond : les revenus professionnels et la pension se cumulent librement, et il devient possible de se constituer une seconde pension sans restriction, le plafonnement actuel à 5 % du PASS étant supprimé. Une petite révolution, mais réservée à une tranche d'âge précise, et qui ne rattrapera jamais ceux ayant déjà liquidé leur retraite avant cette bascule. Ceux qui, comme l'auteur du témoignage, ont travaillé quatre ans dans l'ancien système resteront durablement bloqués au plafond des 5 % du PASS, sans possibilité de recalcul rétroactif.

Reste un chiffre qui donne la mesure du phénomène : quelque 300 000 anciens salariés en cumul emploi-retraite intégral devraient bénéficier de la mesure actuelle, selon l'Agirc-Arrco. Un volume loin d'être marginal, et qui explique pourquoi tant de témoignages similaires circulent aujourd'hui, souvent avec la même incompréhension face à un plafond fixe qui ignore superbement la durée réelle de l'effort fourni.

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