J’ai été en arrêt maladie en avril 2025 : la Sécu a abaissé mon plafond de 1,8 à 1,4 SMIC et mes indemnités ont fondu sans aucun courrier

Depuis le 1er avril 2025, la Sécurité sociale a discrètement abaissé le plafond de calcul des indemnités journalières de 1,8 à 1,4 fois le SMIC, entraînant une perte pouvant atteindre 350 € par mois pour les salariés concernés. Sans courrier, sans notification, des milliers de personnes en arrêt maladie ont découvert cette réforme sur leur relevé Ameli.

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Un relevé Ameli consulté machinalement sur le téléphone. Des chiffres qui ne collent pas. Et aucun courrier, aucun SMS, aucune notification pour expliquer la différence. C'est exactement ce qu'ont vécu des milliers de salariés partis en arrêt maladie à partir du 1er avril 2025 : leurs indemnités journalières avaient fondu, silencieusement, par décret.

À retenir

  • Un décret silencieux a réduit le plafond des indemnités maladie : quel impact réel sur votre portefeuille ?
  • Pourquoi la Sécu a-t-elle choisi d'annoncer cette baisse sans prévenir directement les assurés ?
  • Existent-il des échappatoires légales pour compenser la perte : convention collective, prévoyance, maintien de salaire ?

Le couperet du 1er avril : ce que le décret a changé, concrètement

Les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS) sont égales à 50 % des revenus antérieurs de l'assuré, dans la limite d'un plafond qui était fixé à 1,8 fois le SMIC jusqu'au 31 mars 2025, avant d'être abaissé à 1,4 fois le SMIC depuis le 1er avril 2025. Une virgule dans un texte réglementaire. Des centaines d'euros en moins sur le compte en banque chaque mois.

Jusqu'au 31 mars 2025, le plafond correspondait à 1,8 fois le SMIC, soit 3 243,24 € pour 2025, portant le montant maximal de l'indemnité journalière à 53,31 €. Pour les arrêts de travail débutant à compter du 1er avril 2025, ce plafond est limité à 1,4 fois le SMIC mensuel brut, soit 2 522,52 €, ce qui porte le plafond de l'indemnité journalière à 41,47 €. Cette réforme entraîne donc une diminution du montant maximal versé, soit une perte de 12 € par jour représentant une baisse de 22 %.

Cela représente pour les salariés en arrêt de travail à compter du 1er avril et dont la rémunération est supérieure au plafond d'indemnisation une perte de 11,84 euros brut par jour. Sur un arrêt d'un mois, on dépasse allègrement les 350 euros envolés. Sur deux mois, c'est un loyer de région parisienne qui disparaît du budget.

Le texte officiel est le décret n°2025-160 du 20 février 2025, pris dans le cadre de la loi n°2025-199 du 28 février 2025, publié au Journal Officiel et applicable depuis le 1er avril 2025. La machine administrative s'est mise en marche discrètement, sans que l'Assurance Maladie juge utile d'en informer directement les assurés.

Qui est vraiment touché, et qui ne l'est pas

Contre toute attente, ce n'est pas uniquement l'encadrement supérieur qui absorbe le choc. La réforme frappe à partir d'environ 2 600 € brut, et son effet devient significatif surtout au-delà de 3 000 € brut. En dessous du nouveau plafond de 2 552 € brut (1,4 fois le SMIC), cet abaissement n'a aucun impact sur le montant des IJ. un salarié à 2 200 € brut ne voit rien. Un cadre intermédiaire à 3 000 €, lui, encaisse pleinement.

Les salariés les plus exposés restent ceux qui ne bénéficient pas du maintien de salaire par l'employeur, faute d'ancienneté suffisante ou de dispositions conventionnelles : CDD, jeunes embauchés, intérimaires. Cette mesure concerne les modalités de calcul de l'IJSS de l'assurance maladie. Elle ne concerne pas les modalités de calcul des indemnités versées en cas de maternité ou d'accident du travail et maladie professionnelle. Une distinction qui a son importance : tomber malade, ce n'est pas se blesser au travail. Les protections ne sont pas les mêmes.

Les assurés sociaux du régime général et du régime des salariés agricoles ainsi que les artistes-auteurs sont concernés par cette réduction. Un spectre large, donc. Des techniciens, des commerciaux, des infirmiers libéraux, des graphistes free-lance affiliés au régime général : tous potentiellement frappés sans avoir reçu le moindre courrier d'alerte.

Le silence de la Sécu : une information qui n'a jamais circulé

Depuis le 1er avril 2025, de nombreux salariés touchent moins d'argent lorsqu'ils sont en arrêt maladie, parce que le plafond de calcul des IJSS a été abaissé. Beaucoup l'ont découvert sur leur relevé Ameli, sans explication, sans préavis, parfois au pire moment. C'est là que le bât blesse vraiment. La réforme est légale, le décret est paru au Journal officiel, mais le Journal officiel, franchement, peu de salariés le consultent entre deux réunions et un dossier urgent.

La logique aurait voulu qu'un email automatique, une notification sur l'application Ameli ou même un simple encart dans l'espace personnel prévienne chaque assuré concerné. Rien de tout cela. Pour les arrêts maladie antérieurs au 1er avril 2025, l'ancien système reste applicable avec un plafond maintenu à 1,8 SMIC. Cette mesure garantit une transition progressive et évite tout effet rétroactif sur les dossiers en cours. La transition progressive, sur le papier. Dans les faits, pour celui qui démarre son arrêt le 2 avril sans rien savoir, le choc est sec.

Cette réforme s'explique notamment par la forte augmentation du nombre d'arrêts maladie ces dix dernières années, passant de 6,4 millions à 8,8 millions en 2022. Or, cette croissance n'était "pas soutenable" pour le budget de la Sécurité sociale. L'argument de l'équilibre budgétaire est recevable. Le problème, c'est qu'il a été appliqué unilatéralement, sans pédagogie, sur des gens déjà fragilisés par la maladie.

Ce que vous pouvez encore faire

La première étape : vérifier votre convention collective. Si votre convention collective ou un accord d'entreprise prévoit un maintien de salaire basé sur votre rémunération de référence, l'employeur doit appliquer ce maintien, indépendamment du montant d'IJSS versé. la baisse de la Sécu ne signifie pas forcément une baisse de ce que vous percevez réellement, si votre branche est protectrice.

Si le salarié bénéficie d'un maintien de salaire en cas de maladie, cette baisse des IJSS entraîne une augmentation du montant à la charge de l'employeur. À défaut de dispositions conventionnelles spécifiques, un maintien légal est prévu pour les salariés ayant au moins un an d'ancienneté, après une période de carence de sept jours. Le complément patronal démarre au 8e jour en cas de maladie ordinaire. Le taux est de 90 % de la rémunération brute sur une première période, puis de 66,66 % sur une seconde.

Si votre employeur a souscrit une prévoyance collective, celle-ci peut compenser tout ou partie de la perte. C'est le grand angle mort de beaucoup de salariés : ils ignorent ce que couvre leur contrat de prévoyance d'entreprise, jusqu'au moment où ils en ont besoin. Retrouver ce document maintenant, avant le prochain arrêt, c'est la démarche la plus simple et la plus utile.

Pour les plus vulnérables, ceux sans ancienneté suffisante, sans prévoyance, avec un salaire juste au-dessus du seuil — la perte est sèche et sans filet. Les organismes de protection sociale, davantage sollicités, pourraient répercuter la hausse des indemnités journalières sur les cotisations des contrats de prévoyance, entraînant un surcoût supporté par les salariés et les employeurs. La réforme, pensée pour rééquilibrer les comptes de la Sécu, redistribue donc la pression vers les contrats privés, dont les primes, elles, ne baisseront pas.

Ce qui reste à surveiller de près : à partir du 1er septembre 2026, la durée maximale d'un arrêt maladie sera limitée à un mois pour toute première prescription. Une deuxième vague de la réforme, déjà actée, qui touchera cette fois l'ensemble des assurés, quelle que soit leur rémunération.

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