« Mon mari a vu son taux de prélèvement grimper en septembre » : la case que personne ne nous avait dit de décocher sur impots.gouv.fr

En septembre 2025, des millions de couples ont vu le taux de prélèvement grimper sans comprendre pourquoi. La réforme du taux individualisé s’applique automatiquement, sauf si une case discrète sur impots.gouv.fr a été cochée. Voici comment reprendre le contrôle.

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Le bulletin de paie de septembre, une ligne change. Le taux de prélèvement grimpe, parfois de plusieurs points, sans que le salaire brut ait bougé d'un centime. Des milliers de couples mariés ou pacsés ont vécu exactement cette surprise à l'automne 2025, et la réaction la plus commune a été la même : appeler son conjoint pour lui demander ce qui se passe. La réponse tient en un article de loi et une case à cocher sur impots.gouv.fr, que personne, ou presque, n'avait pensé à signaler.

À retenir

  • Un changement de loi fait basculer automatiquement 10 millions de foyers au taux individualisé depuis septembre 2025
  • Une case à cocher sur impots.gouv.fr permettait de conserver l'ancien système, mais restait invisible pour la plupart
  • Il n'est pas trop tard : on peut revenir au taux foyer en cinq minutes, avec effet dans deux à trois mois

Ce qui a changé en septembre 2025, sans prévenir vraiment

L'article 19 de la loi de finances pour 2024 prévoit l'application, à partir du 1er septembre 2025, du taux individualisé par défaut à chacun des conjoints, au lieu du taux foyer appliqué jusqu'alors, sans aucun impact sur le montant global de l'impôt du couple. La nuance est capitale : le total de ce que le foyer paie au fisc ne bouge pas. Ce qui change, c'est qui paie quoi, chaque mois, sur sa fiche de paie.

Concrètement, avec le taux individualisé, chacun est prélevé selon sa capacité contributive réelle : le revenu le plus élevé supporte un taux plus fort, et l'autre un taux plus faible. Le conjoint qui gagne davantage voit donc son taux monter. Parfois significativement. La réforme est destinée à corriger le fait que le taux du foyer fiscal avantageait le conjoint aux revenus les plus élevés et désavantageait celui aux revenus les plus faibles : le premier profitait d'un taux d'imposition inférieur (de 13 % en moyenne) et le second subissait un taux d'imposition supérieur (de 6 % en moyenne) à celui que chacun supporterait s'il était célibataire.

Un exemple chiffré aide à mesurer l'effet. Prenons Paul, qui gagne 3 500 € par mois, et Virginie, 2 000 €. Le montant d'impôt à payer est de 4 151 €. Le taux moyen du couple est de 6,3 %. Mais le taux individualisé est de 8,2 % pour Paul et de seulement 3 % pour Virginie. Pour Paul, c'est plusieurs dizaines d'euros de moins sur le net chaque mois, malgré un salaire identique. Le résultat. Arithmétiquement logique. Psychologiquement brutal.

La case que tout le monde a ratée (ou presque)

Ce dispositif s'applique automatiquement aux couples mariés ou pacsés soumis jusqu'ici au taux du foyer, qui basculent au taux individualisé, sauf s'ils ont opté via le service « Gérer mon prélèvement à la source » ou pendant la campagne déclarative des revenus 2024, pour conserver leur taux foyer. : sans action de votre part, le changement s'est fait tout seul. Et l'action en question était une case à cocher, discrètement nichée dans le service en ligne.

Cette mesure concerne 10 millions de foyers, qui avaient toujours la possibilité de conserver le taux commun en cochant la case « Je souhaite maintenir le taux foyer de mon prélèvement à la source au 1er septembre 2025 » sur leur espace particulier du site des impôts, rubrique « Gérer mon prélèvement à la source ». Le problème ? Beaucoup n'ont jamais vu ce message. Dès la déclaration 2025, la direction générale des Finances publiques a tenté de communiquer au maximum sur le changement en cours, mais entre une bannière d'alerte noyée dans l'interface de déclaration et la réalité du mois de septembre sur le bulletin de paie, il y a eu un gouffre.

Idée reçue à déconstruire ici : ce n'est pas parce qu'un changement est prévu par la loi depuis 2024 qu'il est bien compris au moment où il s'applique. L'an passé, un demi-million de foyers avaient opté pour le taux individualisé de façon spontanée, sans attendre la réforme 2025. Les autres, des millions, ont simplement attendu sans réaliser que l'inaction valait choix.

Que faire maintenant si vous voulez revenir au taux foyer

Il est toujours possible de conserver ou de revenir au taux foyer par simple demande au sein de l'espace fiscal en ligne ou auprès des services de la DGFiP. La bonne nouvelle : le fisc n'a pas fermé la porte. Il faut se rendre sur l'espace « Finances publiques » sur impots.gouv.fr, puis accéder au service « Gérer mon prélèvement à la source ». C'est là, dans ce service, que se trouve la rubrique permettant de revenir au taux foyer. Une démarche qui prend cinq minutes.

Attention au délai, cependant. Toute modification est transmise automatiquement à l'employeur, avec un délai d'application d'environ deux mois. Concrètement, si la demande est faite aujourd'hui, le taux sur le bulletin de paie ne changera pas avant deux à trois mois. Ce n'est pas rétroactif : la différence de trésorerie subie en septembre, octobre ou novembre ne sera pas compensée immédiatement. Elle le sera lors de la régularisation annuelle, au moment du solde d'impôt, mais ça, c'est l'été prochain.

Les taux individualisés s'appliquent uniquement sur les revenus personnels des conjoints (salaires, bénéfices professionnels, pensions de retraite ou d'invalidité et rentes viagères). Les autres revenus du foyer, dits « communs » (revenus fonciers, pensions alimentaires, etc.), restent soumis au taux du foyer. Un détail que peu de gens savent, et qui peut peser dans la décision de garder ou non le taux individualisé.

Individualisé ou foyer : quel taux choisir vraiment ?

La réponse honnête : ça dépend. Pour les couples aux revenus proches, la différence sera quasi nulle. Pour ceux où l'écart est marqué, un conjoint salarié, l'autre à temps partiel, en reconversion, ou aux revenus variables — le taux individualisé redistribue la charge mensuelle de façon plus juste. Il réduit les déséquilibres de trésorerie dans les couples où les niveaux de revenus sont inégaux et renforce la confidentialité des revenus individuels au sein du couple, notamment en cas de salaires très différenciés.

Le taux foyer garde une logique dans les couples qui mutualisent intégralement leurs finances et trouvent plus simple de ne pas avoir à penser à cette répartition. Les salariés peuvent consulter leurs trois taux (individualisé, foyer, neutre) sur impots.gouv.fr, dans « Gérer mon prélèvement à la source », ce qui permet de comparer les options avant de trancher.

Ce que cette réforme révèle, en creux, c'est l'ampleur des inégalités de revenus au sein des foyers français, et la façon dont le système fiscal, jusqu'en 2025, les effaçait silencieusement dans un taux unique. Cette évolution vise à renforcer l'équité entre conjoints, en particulier en matière d'égalité femmes-hommes. Dans une majorité de couples hétérosexuels, c'est la femme qui gagnait moins et supportait mécaniquement un taux trop élevé par rapport à ses revenus réels. Le taux individualisé, en rendant cela visible sur chaque fiche de paie, rend aussi l'asymétrie beaucoup plus difficile à ignorer.

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