Les années d’études supérieures laissent des « trous » dans la carrière qui coûtent cher à la retraite. Le rachat de trimestres permet de les combler, mais ce dispositif méconnu cache des pièges et des délais critiques à respecter avant 40 ans.
Pourquoi de plus en plus de futurs retraités regardent leurs années d’études avant de partir

Cinq ans d'études supérieures. Une licence, un master, parfois une prépa et une grande école. Des années intenses, formatrices, décisives pour la carrière. Et pourtant, au moment de partir à la retraite, ces mêmes années reviennent hanter les calculs de pension comme un fantôme comptable. Car chaque trimestre non cotisé pendant les études, c'est un trimestre manquant dans la durée d'assurance. Et un trimestre manquant, ça coûte.
Combien ? Chaque trimestre manquant génère une décote de 0,625 % sur la pension. Pour quatre trimestres manquants, c'est 2,5 % de pension en moins. Sur une retraite perçue pendant vingt ans, l'addition devient vite conséquente. C'est là que le mécanisme du rachat de trimestres entre en scène. Un dispositif qui existe depuis plus de vingt ans, méconnu des actifs en milieu de carrière, et qui revient en force dans les conversations autour de la planification retraite.
À retenir
- Chaque trimestre d'études non cotisé réduit votre pension de 0,625 %
- Le prix du rachat triple entre 20 et 60 ans : anticiper c'est économiser
- Une fenêtre de tir limitée à 40 ans avec une réforme surprise qui change tout
Ce que les années de fac ont réellement coûté
Le rachat de trimestres est un dispositif qui permet à un assuré de valider rétroactivement des périodes pendant lesquelles il n'a pas ou peu cotisé pour la retraite. L'objectif est de compléter sa durée d'assurance afin d'atteindre plus rapidement le nombre de trimestres requis pour bénéficier d'une pension à taux plein.
Pour les personnes nées en 1966 ou après, atteindre le taux plein exige 172 trimestres, soit 43 annuités. Pour y parvenir au plus tôt après l'âge minimum légal de départ, il est possible de racheter jusqu'à 12 trimestres. Trois ans d'études non cotisées, effacées du passif. Sur le papier, c'est presque élégant.
Le rachat dans le régime de base de l'Assurance Retraite concerne notamment les années d'études supérieures accomplies dans un établissement d'enseignement supérieur, une école technique supérieure, une classe préparatoire à une grande école ou une grande école, en France ou dans l'Espace Économique Européen, et ayant donné lieu à l'obtention d'un diplôme. Les redoublants et les étudiants ayant travaillé en parallèle ne sont pas exclus du dispositif : depuis le 22 janvier 2014, les actifs peuvent racheter des trimestres au titre des années d'études même s'ils ont travaillé et donc cotisé à la retraite quand ils étaient étudiants.
Le prix de la procrastination
C'est là que le sujet devient vraiment stratégique. Et contre-intuitif. On pense instinctivement qu'il vaut mieux attendre d'être proche de la retraite pour racheter ses trimestres, le moment où l'on "sait" exactement ce dont on a besoin. Or c'est précisément l'inverse qui s'applique : le rachat de trimestres est intéressant en fin de carrière, mais plus on avance en âge, plus son coût est élevé.
Pour un revenu des trois dernières années de 48 060 €, un rachat en 2026 en option 1 coûte 1 407 € à 20 ans, 2 631 € à 40 ans et 4 454 € à 60 ans. Le même trimestre, trois fois plus cher selon le moment où on l'achète. La logique est implacable.
Pour amortir ce coût, les pouvoirs publics ont prévu un tarif préférentiel pour les actifs encore jeunes. Depuis la réforme des retraites de 2023, il est possible d'effectuer un rachat de trimestres pour études supérieures à coût réduit jusqu'au 31 décembre de l'année de ses 40 ans, contre un délai de 10 ans suivant la fin des études auparavant. La réduction applicable sur le prix de rachat s'élève à 670 € par trimestre pour augmenter le taux de calcul de la retraite, et à 1 000 € par trimestre pour augmenter le taux et la durée d'assurance.
Fini, donc, l'argument "j'ai jusqu'à mes 35 ans pour y penser" : la fenêtre est désormais ouverte jusqu'à 40 ans. Une prolongation bienvenue, mais qui ne dispense pas d'anticiper. Anticiper le rachat des études avant 40 ans peut faire économiser plusieurs milliers d'euros.
Deux options, un arbitrage à ne pas bâcler
Le rachat se décline en deux formules distinctes, et le choix entre les deux n'est pas anodin. En choisissant l'option de rachat au titre du taux seul, c'est uniquement le taux utilisé pour le calcul de la pension qui sera amélioré afin de réduire la décote, voire la supprimer, mais la durée d'assurance reste la même. En revanche, en choisissant l'option de rachat au titre du taux et de la durée d'assurance, le taux pour le calcul de la retraite et le rapport entre durée d'assurance et durée requise sont tous deux améliorés.
L'option 2 coûte plus cher, mais elle agit sur les deux leviers du calcul de la pension. Le rachat est particulièrement intéressant si l'assuré est fortement imposé, s'il a beaucoup de points Agirc-Arrco à préserver, ou s'il souhaite éviter une décote en partant plus tôt. Sur le plan fiscal, l'avantage est réel : le rachat est fiscalement intéressant pour l'année du rachat. Un rachat opéré en 2026 permet de déduire le montant versé du revenu imposable 2026. Et contrairement au PER, le rachat de trimestres est déductible sans plafond.
Côté démarches, le processus est balisé : la caisse dispose de deux mois pour communiquer le montant à verser et les options disponibles, et la proposition est valable six mois. Si l'assuré accepte, il dispose de six mois pour effectuer le paiement, en une fois ou de manière échelonnée.
Le piège que personne ne voit venir
Reste un angle mort que les futurs retraités découvrent souvent trop tard. Les trimestres rachetés au titre des études n'ouvrent pas droit à un départ anticipé pour carrière longue. racheter des trimestres améliore la pension et peut permettre d'atteindre le taux plein plus tôt, mais ce n'est pas un sésame pour une retraite anticipée toutes catégories confondues. La nuance est de taille.
Un actif qui aurait racheté des trimestres pour partir à taux plein à 62 ans au lieu de 64 ans a vu sa démarche compromise par la réforme de 2023 qui l'a empêché de partir à 62 ans. L'instabilité législative, c'est probablement le risque le plus sous-estimé dans tout ce calcul. Il est recommandé de mener une analyse personnelle de l'efficacité d'un rachat de trimestres avec un spécialiste.
Une dernière donnée qui donne à réfléchir : selon le dernier rapport de la Cour des comptes, plus d'un nouveau retraité sur neuf a perçu une pension erronée en 2025. Des trimestres oubliés, des périodes mal comptabilisées, des rachats jamais envisagés. La retraite se prépare dans les détails, et les années de fac en font partie.
Sources : moneyvox.fr | la-retraite-en-clair.fr
